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Jérome Buttet vient de soutenir, fin 2012, son mémoire de master 2 à l'Université de Reims sur les graffitis...

en voici quelques extraits avec l'aimable accord de l'auteur

            

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laissons Jérome Buttet lui-même présenter sa démarche:

A Serches,il  fallut faire parler des chiffres peints sur des portes.
Il s'agissait d'abord de montrer que même de simples chiffres peints
sur des portes sont des éléments à prendre en compte et qu'ils sont
signifiants.
Quelques mots sur la démarche. L'observation, la recherche et le
classement sont les éléments les plus faciles. Ensuite, il fut
nécessaire  de critiquer ces sources en se livrant à une investigation
sur le terrain en rencontrant les habitants, les élus, disposer de
plusieurs témoignages et de les recouper avec ce que disent les
archives municipales. Tout cela pour établir que ces numéros avaient
bien été apposés à cette époque et éviter de partir sur une mauvaise
piste. On peut alors sereinement envisager de les faire parler en les
plaçant et en déduire   une organisation spécifique. Il ne fallait pas
non plus isoler ces traces. La confrontation avec  ce qu'on trouve
ailleurs, déboucha là aussi sur une interprétation montrant que chacun
s'organisa à sa manière pourvu que ça fonctionnât. Tout cela s'insère
dans une problématique à laquelle étaient confrontées les armées, de
l'individu au corps d'armée : la compétition pour l'espace et son
organisation. Cela part bien de l'inscription du gars qui s'approprie
son petit territoire sous un clou dans une carrière en y marquant son
nom à celui de l'escouade, de la section, de la compagnie et du
régiment qui marquent les entrées de cantonnement ou l'intérieur des
pièces .  Au final, les inscriptions et graffiti dévoilent assez bien
cette relation entre l'individu et son environnement.

 

                                                                         

           Cette insertion dans un espace tantôt dangereux ou
rassurant, selon le contexte amena certains soldats à se livrer à un
acte que d'aucuns prétendront anodin voire révoltant : écrire sur les
murs. Le projet initial était d'évoquer un bon nombre de thèmes que
les graffiti peuvent générer. J'ai choisi de m'attarder sur ce qui
constitue le fondement de l'identité de chacun : le nom et ses
dérivés. Il était nécessaire de dépasser cette tautologie qui consiste
à dire que la personne a écrit " pour laisser une trace". En effet, la
relecture et le classement des inscriptions relatives au nom ont
révélé des sous-catégories qu'il a fallu prendre en compte :
initiales, surnoms, prénoms, mises en forme des noms et les relier aux
contextes qui les ont fait naître afin de comprendre leur existence et
celle de leurs auteurs. Tout cela déboucha sur la mise en évidence
d'identités complexes et de comportements singuliers que les autres
sources ne mentionnent pas.
                 Que nous montrent alors les graffiti dans ces
associations de noms ? Ils font émerger des amitiés mais finalement,
assez peu. Ils montrent des petits groupes au sein même des escouades.
Leur identité se construit donc d'une manière classique en associant
des éléments centrifuges comme des liens géographiques communs, le
charisme et la personnalité d'un ancien, des critères
sociaux-démographiques comme la classe d'âge et l'appartenance à un
même milieu professionnel. Mais en retour, ils se construisent aussi
contre d'autres groupes, comme le reste de l'escouade, d'une autre
section, d'une autre compagnie, d'un autre régiment... Tout cela vient
biaiser la vision d'escouades unies et fraternelles dans le malheur et
la souffrance.

grafmemeoireJe1.jpg

 

                                                             grafmemeoireJe2.jpg

jaycuistotag13.jpg


Date de création : 23/12/2012 @ 11:45
Dernière modification : 10/11/2013 @ 22:38
Catégorie : Des actions variées

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