Fusillés - Le combat centenaire des fusillés pour l'exemple, 2013

Le combat centenaire des « fusillés pour l'exemple »

Publié le 07/11/2013

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AISNE - C’est la grande cause nationale du moment. Quitte à occulter l’essentiel. à quelques jours du 11 novembre, qui annoncera les commémorations du centenaire de la guerre de 1914-1918, la pression s’accentue sur François Hollande autour de la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple ». La déclaration du président de la République, cet après-midi, devrait donner le ton.

François Hollande va-t-il réhabiliter ? Et ainsi rester fidèle à ses convictions. Lorsqu'il était encore président du conseil général de Corrèze, en 2009, celui-ci avait signé une délibération réclamant que les fusillés soient considérés comme « des soldats à part entière de la Grande Guerre ».
Elu président de la République, il tient entre ses mains le destin historique des six cents et quelques soldats français sacrifiés à titre d'exemple par leurs supérieurs, au nom de la discipline militaire.
Des hommes chassés de la mémoire de l'armée, laquelle préfère honorer celle des 1,3 millions de soldats français tombés au champ d'honneur.
Pour l'Aisne, cependant, le combat n'a rien de futile. Le conseil général a été le premier d'une série de vingt-trois à prendre position pour la réhabilitation des « fusillés pour l'exemple ».
C'était le 16 avril 2008, un an avant son homologue corrézien, et après qu'une délégation axonaise eût honoré en Corrèze une cérémonie rendant hommage au soldat Léonard Leymarie, fusillé le 12 décembre 1914 à Port-Fontenoy, près de Vic-sur-Aisne.
Déjà en 2004, le conseil général de l'Aisne avait promu citoyens d'honneur les six fusillés de Vingré du 4 décembre 1914, réhabilités dès 1921. Un an plus tard, la Caverne du dragon proposait une exposition nationale intitulée « fusillés au nom du peuple français ».
L'émotion avait culminé en 2007, quand les descendants de soldats exécutés 90 ans plus tôt au Chemin des Dames étaient venus se recueillir lors des commémorations.
à l'approche du centenaire de la Grande Guerre, un vent humaniste souffle sur les braises. Le 1er mars dernier, Yves Daudigny, président du conseil général, a adressé une lettre au président de la République, sollicitant sa venue au Chemin des Dames pour les commémorations du 11 Novembre de cette année. Un vœu finalement reporté pour celles de 2014.
Cette visite « pourrait être l'occasion pour l'état d'accomplir un geste fort pour la mémoire des fusillés de la Grande Guerre », exprimait alors Yves Daudigny.
« Je milite pour une prise en charge publique anticipée d'un enjeu mémoriel, poursuit-il. Il est à craindre que, compte tenu de la demande sociale persistante qu'il suscite, de la charge émotionnelle qu'il véhicule et, partant, de la forte résonance médiatique qu'il possède ne vienne polariser les commémorations, éclipsant par là-même d'autres rendez-vous. »
Faisant vibrer la corde socialiste, il rappelle aussi qu'en 1998 Lionel Jospin, alors Premier ministre, avait débloqué un verrou en appelant à une « réintégration dans la mémoire collective » des « soldats fusillés pour l'exemple ».
Afin de prendre sa décision, ou peut-être de l'étayer, François Hollande a commandé un rapport au président du conseil scientifique de la Mission du centenaire. Antoine Prost le lui a fait parvenir via le ministre délégué aux anciens combattants, Kader Arif, le 1er octobre dernier. Ce document fait le point sur l'état des connaissances historiques, rappelant notamment que la plupart des 620 « fusillés pour l'exemple » du conflit l'avait été au cours des années 1914 et 1915, et non lors des mutineries de 1917 comme souvent évoqué (voir l'infographie ci-dessous).
C'est le cas des soldats Blanchard, Durantet, Gay, Pettelet, Quinault et du caporal Floch, fusillés le 4 décembre 1914 à Vingré. Ceux-là ont été réhabilités, parce que victimes de la panique et de la folie qui s'étaient emparées de leurs officiers supérieurs. N'était-ce, au fond, le cas de tous les exécutés de la Grande Boucherie ? La réponse est entre les mains de l'élysée.

Éric JONNEAU

Sept Axonais exécutés, un seul réhabilité
Chercheur indépendant, Frédéric Mathieu publie une encyclopédie de 900 pages consacrée aux fusillés de la Grande Guerre. « 14-18, les fusillés » (éd. Sébirot) recense pas moins de 740 cas de soldats exécutés durant le conflit.
Selon ses calculs, 54 d'entre eux l'ont été dans notre département et sept seulement sont nés dans l'Aisne ou y étaient domiciliés avant leur incorporation.
Originaire de Buironfosse, Ernest Camus est père de deux enfants et sabotier à Chauny. Officier dès le début du siècle, il avait déjà été sanctionné pour des problèmes d'escroquerie et d'absences illégales. Envoyé combattre en Belgique, il est retrouvé le 27 décembre 1914 errant dans Ypres après plusieurs jours passés dans les estaminets de la ville, à dépenser l'argent de sa compagnie. L'auteur rapporte son audition par le conseil de guerre, où il prétend s'être rasé la barbe, chaussé de lunettes et acheté un costume civil « par forfanterie. Ce n'est plus l'homme qui marche, c'est la boisson », dit-il. Il sera exécuté le 31 décembre 1914.
Marcel Loiseau est un cas plus douloureux. Soldat du 106e RI, ce natif de Fontenelle-en-Brie est suspecté de blessure volontaire quand le 25 septembre 1914, dans une tranchée de première ligne de la Meuse, il est touché par un éclat d'obus dans le bras. Le rapport de son supérieur et de l'un des deux médecins qui l'examinent est accablant. Traduit devant le conseil de guerre spécial du 12e DI, il est condamné à mort pour abandon de poste et fusillé le 12 octobre. Il sera finalement réhabilité par une décision de la cour de cassation du 17 mars 1922.

Projection-débat samedi à Soissons
Pour obtenir la réhabilitation des « fusillés pour l'exemple », de nombreuses associations ont mis les bouchées doubles ces derniers mois dans leur travail de lobbying.
Président de la fédération nationale de la Libre Pensée, Marc Blondel, l'ancien patron de Force ouvrière, multiplie les apparitions. Il sera ce samedi 9 novembre à Soissons (14 h 30), à la salle des fêtes de la mairie, pour la projection du documentaire « Adieu la vie, adieu l'amour ». Laquelle sera suivie d'un débat sur le thême de la réhabilitation.
Sa représentante départementale, Nicole Aurigny, a préparé le terrain. « Cela fait vingt ans qu'on la (la réhabilitation) réclame, rappelle-t-elle. Et cela rentre pour nous dans le cadre de notre bataille contre la guerre. »
Celle-ci se réjouit d'abord que le rapport Prost ait écarté l'idée d'une étude au cas par cas. « On ne va pas refaire les procès, cela n'aurait pas de sens. 25% des dossiers ont disparu. On demande une réhabilitation collective, que ces hommes soient rétablis dans leur honneur. »

Seulement 48 Allemands
Avec ses 600 « fusillés pour l'exemple », la France aurait moins puni ses soldats que l'Italie (750) mais deux fois plus que le Royaume-Uni (306). L'Allemagne consent , quant à elle, à reconnaître 48 fusillés. De l'autre côté du Rhin, la question n'a guère soulevé d'émotion jusqu'ici. En revanche, en 2009 ont été réhabilités les traîtres de guerre du IIIe reich. Environ 20 000 soldats allemands qui avaient aidé des Juifs ou critiqué Adolf Hitler.


Date de création : 09/11/2013 @ 23:00
Dernière modification : 09/11/2013 @ 23:15
Catégorie : Fusillés

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