Fusillés - Fusillés de 14-18, l'interminable souffrance
Fusillés de 14-18, l’interminable souffrance des familles

Le rapport de l’historien Antoine Prost sur les fusillés de 14-18,

révélé par « La Croix », a été rendu public

le 1er octobre.

Marie-Thérèse Testud, petite-fille de fusillé, raconte la souffrance endurée par sa famille.

Publié le 1/10/2013           logo lacroix

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« Vous ne pouvez pas vous imaginer le poids de la honte et de l’humiliation pour les familles des fusillés sur plusieurs générations. » Petite-fille de fusillé pour l’exemple, Marie-Thérèse Testud tient à faire comprendre, depuis le sud de la France où elle réside, pourquoi elle attend une réhabilitation de son grand-père maternel. Un témoignage éclairant, à l’heure où un rapport rédigé par l’historien Antoine Prost propose de réintégrer ces soldats dans la mémoire nationale, par trois scénarios possibles. La réhabilitation au cas par cas : nécessitant une révision des jugements militaires par la Cour de cassation, cette solution est estimée « très lourde » et « sans grand sens, cent ans après ». La réhabilitation générale : elle n’est pas souhaitable, conclut le rapport, citant cet exemple : « On ne peut honnêtement déclarer que l’espionne Mata Hari, fusillée, soit morte pour la France. » La réhabilitation par une déclaration solennelle assurant que « de nombreux fusillés, mais pas tous, sont eux aussi d’une certaine façon morts pour la France ». Le rapport plaide pour cette solution et « un projet pédagogique » faisant connaître aux Français la réalité historique. 

Traduit en cour martiale

Le grand-père de Marie-Thérèse Testud s’appelait Pierre Mestre. En août 1914, ce maréchal-ferrant de 32 ans originaire d’un village proche du Puy-en-Velay (Haute-Loire), marié et père d’une petite fille, se voit rappelé sous les drapeaux. 

Début février 1915, il se trouve avec le 28e bataillon de chasseurs à pied dans le massif vosgien lorsque avec deux autres soldats, il est envoyé vers un poste avancé, sur un coteau, avec mission de sécuriser le périmètre à l’aide de fils barbelés. 

Les Allemands lui tirent alors dessus, ce qui l’oblige à se dissimuler. L’alerte passée, il ne retrouve plus ses camarades. En cherchant son chemin, il croise deux officiers qui intrigués de le voir seul, le font traduire dès le lendemain en cour martiale. Le soldat est fusillé le 8 février à Husseren-Wesserling (Haut-Rhin) après avoir lancé : « Il est triste de mourir ainsi si jeune. »

L’opprobre, jusque sur les enfants

 « Mon grand-père n’était pas un déserteur, répète Marie-Thérèse Testud. Sinon, pourquoi aurait-il cherché son chemin avec toujours son rouleau de barbelés à l’épaule ? » Aujourd’hui encore, cette femme, devenue grand-mère, est obsédée par l’histoire de son aïeul, dont l’existence même lui a été longtemps pour ainsi dire cachée.

Ainsi pour mieux le connaître, elle a, une fois adulte, effectué des recherches avec l’aide d’une psychologue généalogiste. « Il était très important pour moi de savoir. J’ai découvert qu’il avait été orphelin et avait eu une enfance de galère. »

Marie-Thérèse Testud pense aussi beaucoup à sa grand-mère maternelle Philomène et à sa mère Marie-Rose, respectivement épouse et fille de Pierre Mestre. « Elles ont affronté le mépris et l’injustice, raconte-t-elle. Ma grand-mère a dû écrire au ministre de la guerre en 1916 pour savoir ce que son mari était devenu, elle n’a pas eu droit à la pension de veuve de guerre malgré ses démarches et a dû quitter la Haute-Loire pour refaire sa vie. Ma mère, elle, a été confrontée régulièrement à l’opprobre réservé aux enfants de fusillés, à des ragots malintentionnés. Pire : durant la Seconde Guerre mondiale, le versement d’une allocation lui a été refusé pour ce motif, alors que son mari était prisonnier de guerre. »

Mises au ban de la famille

 « À cause de la honte, ma grand-mère et ma mère ont été mises au ban de la famille, précise la petite-fille de fusillé. L’arbre familial a été amputé de la branche qu’elles représentaient. Mon grand-père avait six frères et sœurs. Sa condamnation et son exécution ont engendré des souffrances parmi tous les descendants de cette fratrie, y compris aujourd’hui. »

Le temps a fini par faire son œuvre. Dans les années 1970, un petit-neveu de Pierre Mestre, cousin de Marie-Thérèse Testud, consulte les archives relatives au fusillé, recueille le témoignage de l’un de ses camarades de régiment encore vivants et constitue un dossier qu’il fait circuler dans la famille. La tombe du soldat est retrouvée au cimetière de Husseren-Wesserling et restaurée avec le concours de la municipalité et du Souvenir français.

Toute la famille va se retrouver pour la première fois au grand complet devant cette tombe en février 2012, pour rendre hommage au mort. « C’était un moment d’immense émotion », se souvient Marie-Thérèse Testud. La petite fille attend maintenant qu’on puisse inscrire le nom de son grand-père sur le monument aux morts pour la France du Puy-en-Velay.

ANTOINE FOUCHET  


Date de création : 09/11/2013 @ 23:29
Dernière modification : 09/11/2013 @ 23:29
Catégorie : Fusillés

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