Mémoire - La mémoire, projet d'exposition des sculptures

  La mémoire, projet d'exposition des sculptures des carrières

 

Portrait en quatre points: Jean-Luc Pamart a hérité de terres violemment marquées par le conflit mondial. Quand il ne déterre pas des corps ou des armes, il arpente [correction webmaster] des carrières de cantonnement sculptées par des soldats.

1.    Le lancement de Soissonnais 14-18

Quand Jean-Luc Pamart découvre un buste de Marianne sculpté pendant la Grande Guerre, à moitié arraché par des pillards dans les carrières de Confrécourt, il a un déclic. Pour lui, il est impossible de laisser à l’abandon ce site où il jouait enfant et qui [correction webmaster] servait de lieu de cantonnement pendant la guerre. En 1985, il fait rapidement classer ces carrières d’extraction calcaire et crée dans la foulée l‘association Soissonnais 14-18 afin de les protéger.  Partout, le site porte la marque des soldats partis au combat : des installations téléphoniques, des plaques marquées par un régiment, des signatures, des sculptures. Les sites sont souvent à débroussailler [correction webmaster].

2.    La guerre, une histoire de famille

Son intérêt pour la Grande Guerre, Jean-Luc Pamart le tient de son grand-père, qui était à l’époque téléphoniste dans la Somme. « C’est lui qui m’a tout appris. » En 2004, il écrit Le Paysan des poilus, un livre autour de la Grande Guerre, sa famille et celle de sa femme. Monsieur Pamart est un homme cultivé, il a enseigné son métier à Mostaganem, en Algérie. Il fait partie de ces personnes qui savent faire vivre les histoires. Juste à côté des carrières, dans les ruines imposantes de la ferme d’un arrière grand-oncle, il s’arrête devant un arbre. « Mon aïeul avait neuf enfants, quand sa ferme a été réquisitionnée pendant la guerre, il a dû quitter les lieux dans la précipitation. Arrivé au village voisin, le bébé Elizabeth manquait à l’appel, personne ne s’en était occupé. »  Dans un tas de terre, il désigne un bout de ferraille déformée et une roulette qui se distingue : «  On a trouvé un berceau en déblayant, on ne sait pas si c’est celui d’Elizabeth. Quand mon grand-oncle est venu la chercher, elle était entourée de soldats. »

 3.    Une vie près du front

Des vestiges de la guerre, Jean-Luc Pamart ne cesse d’en trouver. Quand, en désignant des fils électriques au loin sur ses terres il déclare : « Là-bas c’est le front », on croit y être. Sous les champs de colza et de betteraves, il trouve régulièrement des armes mais aussi des corps, ceux des soldats morts au combat. Il admire la réaction des Anglais, des Allemands et surtout celle des Américains, qui font identifier les corps à Hawaï, avant de leur offrir une sépulture. « En France, il n’y a pas de service dédié. » Avec son association, il essaye malgré tout de retrouver l’identité de ces soldats grâce à leur plaque militaire, qui n’est pas toujours intacte. « Quand on retrouve la famille et qu’il y a une cérémonie, je peux vous dire que c’est émouvant. » Jean-Luc Pamart préfère rester discret sur ses autres découvertes, il a l’habitude des pillages. Il aime moins les objets que leur histoire. « Ma plus belle trouvaille, c’est un morceau d’obus signé et taillé en coupe-papier. »

 4.    Montrer la guerre

Aux débuts de l’association, Jean-Luc Pamart et ses amis se sont demandés s’ils devaient ouvrir les carrières, au risque de les laisser s’abimer. À Confrécourt, les seules carrières ouvertes, on voit les sculptures rongées par les champignons. «  Je ne fais visiter qu’aux passionnés ». Parmi eux, des scouts, des personnes en réinsertion et des groupes de militaires qui viennent aider a l’entretien. Il aime organiser des marches thématiques sur la ligne de front. « La mémoire, c’est dans les jambes, un poilu pouvait marcher 30 kilomètres en une nuit.» Une de ses plus belles rencontres, Jean-Luc Pamart l’a vécue avec Marc Dugain, l’auteur de La Chambre des officiers, célèbre roman sur les gueules cassées. Devant une sculpture au nez brisé, l’écrivain s’était effondré sous le coup de l’émotion, il revoyait son grand-père. Grand-père, Monsieur Pamart va le devenir, une troisième fois. Il attend que sa fille l’appelle, il n’a pas finit de transmettre sa passion.

L’association Soissonnais 14-18 Il y a 28 ans, l’association « Soissonnais 14-18 » voyait le jour à l’instigation de Jean-Luc Pamart et de quelques autres, sur la prise de conscience de l’importance de sauver de l’oubli les sites et carrières 14-18 du Soissonnais. La région regorge de carrières d’extraction de calcaire qui servaient de lieu de cantonnement pendant la guerre. Souvent privées et dangereuses, il faut convaincre les propriétaires d’en prendre soin. L’association centralise aussi les témoignages écrits, oraux et photographiques sur ce secteur. Plus d’un quart de siècle après, les 400 membres ont contribué à sauver, mettre en valeur et faire découvrir les  400 sites  chargés d’histoire que contient cette zone, ils ont réuni une documentation importante sur cette période, ils réalisent des expositions et organisent de nombreuses manifestations et publient de nombreux récits.

 Publié le 10 mars 2014 · Pauline Sauthier et Benyagoub Abdallah Miloud

[sans les corrections]  http://surlalignedefront.fr/2014/03/10/la-memoire-cest-dans-les-jambes/

 


Date de création : 29/06/2014 @ 19:40
Dernière modification : 30/06/2014 @ 16:30
Catégorie : Mémoire

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