Fusillés - L'histoire vraie des fusillés de Vingré

L'histoire vraie des fusillés de Vingré

 

Publié par Stéphanie Ména le 10/11/2014  

 

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Suite au déclassement des archives judiciaires, l’histoire tragique des six fusillés de Vingré, dont trois de l’Allier, s’éclaircit. Un ouvrage vient de paraître qui réunit tous les éléments permettant de comprendre comment la hiérarchie française a pu tuer ses propres soldats. Un ouvrage d’histoire qui se lit comme un roman.

Denis Rolland vient de publier Les Fusillés de Vingré, le serment de Claudius Lafloque.

Le président de l'association Soissonnais 14-18 a pu jeter un regard nouveau sur cette affaire grâce aux archives judiciaires aujourd'hui librement consultables, et grâce à d'autres archives inédites.

Votre livre se lit comme un roman. Est-ce que vous pensez que l'histoire de Vingré pourrait faire un bon film ?

« Oui, à cause du contexte humain. La plupart des officiers sont des réservistes, donc avec des comportements de civils qui doivent s'adapter à cette guerre, comme la troupe. Ce n'était pas d'un côté les hommes du rang, de l'autre les gradés. C'est intéressant de se rendre compte comment un incident banal – il y en a eu des centaines pendant la guerre – devient une erreur judiciaire. Le transfert de responsabilité d'un échelon de la hiérarchie à un autre, dramatise l'affaire. C'est comme en 1917, lors des mutineries. Certaines n'aboutissent à rien, d'autres à des fusillades. Tout dépend comment réagit la hiérarchie la plus proche du terrain. C'est l'aspect humain qui change la donne. »

Quelles sont les archives inédites auxquelles vous avez eu accès ?

« Un dossier aux archives des conseils de guerre est maintenant librement consultable soixante-quinze ans après le dépôt de la dernière pièce de procédure, ceci grâce à la loi de 2008.

Je suis donc sans doute le premier à avoir pu dépouiller en détail le dossier du jugement des six de Vingré, du 3 décembre 1914, qui réunit une centaine de pages. Ma première surprise fut de constater l'ampleur de l'enquête. Longtemps, on a dit qu'il n'y en avait pas eue. J'ai donc lu les procès-verbaux des 24 soldats de la section ; leur confrontation permet de confirmer certains faits ou de jeter le doute par ailleurs. J'ai également pu consulter le dossier de la cour de cassation qui réhabilita les fusillés en 1921.

Je me suis rendu compte qu'il manquait une pièce importante, le point de départ de l'enquête initiale : le rapport du commandant Guignot, le chef de bataillon. Je l'ai retrouvé dans le dossier du procès du lieutenant Paulaud, seul gradé à avoir été jugé après-guerre. Ce dossier, je suis le tout premier à l'avoir consulté. Je l'ai retrouvé dans les archives de la justice militaire dans l'Indre. Là encore, ce fut une surprise : on disait que Paulaud avait été acquitté de faux témoignage par une manipulation de l'armée. En fait, juridiquement, l'intention de nuire n'a pu être prouvée. Or, elle est essentielle. La lecture de la presse de l'époque permet de se rendre compte que l'opinion publique cherchait un bouc émissaire.

« Le transfert de responsabilité d'un échelon de la hiérarchie à un autre »

Enfin, toute une partie du livre est dédiée au rôle primordial du Vichyssois Claudius Lafloque dans la réhabilitation des fusillés de Vingré (lire ci-dessous). Grâce aux archives épistolaires de la famille du fusillé Blanchard, j'ai découvert son importance. Or, c'est à peine si on le nomme lors de la cérémonie de réhabilitation. C'était quelqu'un de timide d'après son dossier à la Société générale. »

 

Le plus surprenant, à mon sens, dans votre récit, c'est l'analyse que vous faites de l'emballement de la hiérarchie en ce terrible automne 1914.

« La défaite de Sedan pèse encore dans les esprits. Suite à la débandade de l'armée, l'école de guerre a été créée pour former les officiers. L'une des doctrines est l'offensive à outrance. C'est ce que les généraux de 14 ont appris. Ils ont la hantise de reculer. Alors que les tranchées s'organisent avec difficulté, de même que le système de santé, le ravitaillement, etc., et qu'on s'enfonce dans une guerre longue, le général Joffre pense que la perspective d'être fusillé maintient un homme au combat.

Dans ce contact interviennent les acteurs du drame : le sergent Diot, à l'origine de l'accusation, ou le chef d'état-major de La Selve qui se suicide un mois après Vingré. Enfin, le général de brigade Dolot est perçu comme fanatique par ses supérieurs. Il a l'habitude de se montrer cruel. Ajoutez à cela le colonel Joseph Pinoteau et le général de division Émile de Villaret, qui sont nommés respectivement un mois et une semaine avant les événements… En résumé, la chaîne hiérarchique n'est pas très soudée. »

D'après vous, le sergent Diot a-t-il menti en disant que Floch et Gay l'avaient abandonné ?

« Je ne sais pas. Ce qui est certain, c'est qu'on a entendu Diot dire après la fusillade, "Je m'en fous, je m'en suis tiré". Étrangement, après-guerre, on ne reparle pas de lui. En 1917, il a été cassé de son grade ; je n'ai pas trouvé pourquoi. Originaire d'Indre-et-Loire, il est devenu employé de mairie à Nanterre. »

Êtes-vous favorable à la réhabilitation de tous les fusillés pour l'exemple ?

« Le livre n'aborde pas ce débat actuel qui est plus politique que mémoriel. À titre personnel, je ne suis pas d'accord. Il y a déjà eu un débat après-guerre qui a abouti à la création d'une cour spéciale de justice militaire en 1934, composée d'élus et d'anciens combattants. Elle a réexaminé 90 cas, en réhabilitant beaucoup. Juridiquement, je ne vois pas comment on pourrait annuler des jugements juste pour les annuler. Et après quoi, il faudra réhabiliter les fusillés de la Commune ? »

LIVRE Les Fusillés de Vingré, le serment de Claudius Lafloque, par Denis Rolland (92 pages) vient
de paraître aux éditions Soissonnais 14-18, Confrécourt, 02290 Nouvron-Vingré.
Prix : 15 € (frais d'envoi pour les particuliers 3,50 €).
Renseignements complémentaires au 04.70.45.42.95.

ou bon de commande ICI:

http://soissonnais14-18.net/articles.php?lng=fr&pg=2276&mnu_modecol=W

 

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Date de création : 10/11/2014 @ 21:54
Dernière modification : 03/12/2014 @ 22:00
Catégorie : Fusillés

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