Les autres fusillés du Soissonnais - Lucien Bersot et le témoin G. Degoix

Lucien Bersot du 60e RI

fusillé le 13 février 1915 à Fontenoy

réhabilité le 13 juillet 1922

 

CONTEXTE

Depuis le passage de l'Aisne, le 13 septembre 1914, les régiments français ont du mal à se maintenir sur les plateaux au nord de la rivière continuellement balayés par les mitrailleuses allemandes. Pour conserver ses positions, le commandement français tente de compenser par la peur la faible valeur combative des unités qu’il met en ligne. Elles sont constituées d'unités mal encadrées et souvent constituées de réservistes. Ainsi, chaque mois est marqué par les condamnations à mort : 10 octobre, 238e RI deux condamnés ; 15 novembre, 42e RI un condamné ; 4 décembre, 298e RI six condamnés, 12 décembre, 305e RI Leymarie ; 28 janvier, 42e RI un condamné ; 12 février, 60e RI, Lucien Bersot.

À la décharge des chefs d’unités, le haut commandement leur intimait l’ordre ne pas reculer : tenir coûte que coûte, était la consigne. Que valait une vie humaine alors que chaque jour des dizaines de combattants tombaient sous les balles ennemies, si elle permettait de tenir ?

 

BERSOT

L’exécution de Lucien Bersot, le 12 février 1915, est aujourd’hui incompréhensible. Comment en est-on venu à fusiller un soldat qui avait refusé de porter un pantalon taché de sang ?

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Ni le livre d’Alain Scoff, ni le film qui en a été tiré n’ont apporté de réponse à cette question.

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Voyons comment le commandement militaire a pu en arriver à de telles extrémités.

Bersot fut ainsi mis en jugement pour avoir refusé de porter un pantalon taché de sang. Mais ce refus lui valut, dans un premier temps, une sanction d'une semaine de prison. Peine non effectuée mais inscrite sur son livret militaire. C’est en fait le mouvement de solidarité de ses camarades qui l’a perdu. Ils sont allés protester devant le bureau commandant de compagnie. Combien étaient-ils ? On ne la saura sans doute jamais. En tout cas, pour justifier son geste le colonel a dit plus tard qu’il ne tenait pas en main son régiment et qu'il avait été en présence d'une mutinerie. Mais sa démarche a été entachée d'illégalité. Il a déféré Bersot devant un conseil de guerre spécial dont il a pris lui-même la présidence. Le jugement fut cassé le 14 septembre 1916. L'arrêt de la cour de cassation du 13 juillet 1922 a réhabilité Bersot et condamné l'État à verser 5000 frs à sa veuve et 15000 frs à sa fille.

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Située à proximité de l'église, une stèle a été érigée en l’honneur de deux soldats français fusillés pour l'exemple dont Lucien Bersot. On peut y lire : "A la mémoire de Léonard Leymarie du 305e R.I. fusillé le 13 décembre 1914 à Port-Fontenoy et Lucien Bersot du 60e R.I. fusillé le 13 février 1915 à Fontenoy. Reconnus innocents et réhabilités en 1922-1923".

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ECOUTONS JEAN-LUC PAMART EVOQUER CES FUSILLES DE 1915:

nb: cet extrait sonore est issu d'un enregistrement lors de la visite des carrière de Confrécourt le 1er dimanche de juillet 2016: savourez à distance cette visite où Jean-Luc Pamart évoque les graffitis de la carrière du 1er Zouaves, les fusillés et ne vous laissez pas déconcentrer par le son des manivelles qui servent à recharger des lampes!

 

 

Un témoin, Gabriel Degoix,  adjudant à la compagnie hors rang du 60e RI  témoigne de l’exécution dans ses carnets (194 pages) transmis par son fils, André Degoix

- Vendredi 12 février 1915 -

La neige est tombée ; il ne fait pas bon travailler à notre abri, on a les pieds dans l’eau. Nouveau simulacre d’attaque et même duel d’artillerie : tout tremble.

 

Le soir, il y a conseil de guerre pour trois soldats de la 8ème, de Besançon : Bersot, Cotel et Molle, pour refus d’obéissance et mutinerie (au sujet d’un pantalon). L’un, Bersot, sera passé par les armes ; Cotel, 10 ans de travaux publics et Molle, acquitté ; à moins qu’un pourvoi en grâce soit envoyé.

 

- Samedi 13 février 1915

Pluie épouvantable dans la matinée.

 

À 6 h 30, exécution de Bersot, en dehors du village. Ce pauvre diable a dû passer une nuit atroce. Il est pris, comme une loque, et porté au lieu d’exécution par le lieutenant Billey et l’aumônier du 60ème. Le peloton d’exécution se compose de 4 sergents, 4 caporaux et 4 hommes. Ses deux camarades de la veille sont là, comme témoins. Derrière viennent quatre hommes avec une pioche, et quatre autres avec une pelle. Sous le commandement d’un adjudant, une rafale, et c’est tout. Le coup de grâce, deux fois. Avant de mourir, le condamné appelle sa femme et sa fille Camille : triste chose que les nécessités de la guerre.

Le soir, nous escortons le drapeau à la brigade, pour décorer un blessé du 47ème, simple soldat, déjà cité trois fois à l’ordre du jour. Il a été traversé, de part en part, par un éclat d’obus.

 

Ajout sur le carnet d'André Degoix, fils de Gabriel Degoix:

Mon père m’a dit qu’une distribution d’effets malpropres était à l’origine de l’affaire ; elle avait donné lieu à une vive altercation. Par la suite, Bersot a été réhabilité. Je pense qu’il faut se garder de juger, mais seulement considérer combien, après des mois d’une guerre atroce, la vie humaine avait pu perdre de sa valeur. D’ailleurs, mon père, d’ordinaire si sensible à la misère des gens, ne voit dans les faits que la conséquence des "nécessités de la guerre.

http://bms-du-chatillonnais.e-monsite.com/medias/files/carnets.de.guerre.de.gabriel.degoix.pdf
 

Bientôt ici les photographies des authentiques carnets,

grâce à l'aimable autorisation de la famille

et grâce à l'aide de M. Muckensturm.

 

Voici aussi le registre matricule de Gabriel Degoix:

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DEGOIX   Gabriel   Camille   Auguste - 

Recrutement  DIJON    Classe 1911   Matricule 1451

 

Né le 14 janvier 1891 à SAINT-BROING-LĖS-MOINES  canton de RECEY-SUR-OURCE  (Côte-d’Or)

Résidant à SAINT-BROING-LÈS-MOINES

Menuisier

Fils de Auguste DEGOIX et de Isabelle SENET

Domiciliés à SAINT-BROING-LĖS-MOINES (nés à SAINT-BROING-LĖS-MOINES)

 

Cheveux noirs   yeux marron foncé   1,69 m

 

Incorporé au 60ème RI  (de BESANÇON)  le 1er octobre 1912

Arrivé au Corps le 8 octobre 1912 (ou le 8 décembre 1912 ?)

1ère classe le 6 août 1913

Caporal le 8 novembre 1913

Sergent le 27 août 1915

 

Evacué blessé le 18 avril 1916 Ambulance 13/14  Secteur Postal 114 (Livre d’Or du 60ème RI page 79 : du 16 au 23 avril occupation du secteur d’EIX vers VERDUN )

Du 21 avril au 2 juillet 1916 Hôpital n° 24 de MELUN

Du 3 au 12 juillet 1916 Dépôt Convalescence d’AUXERRE

Rentré au Dépôt le 28 juillet 1916

 

Adjudant le 27 mai 1917

Adjudant-Chef  le 27 octobre 1918

 

Evacué malade le 24 janvier 1919

Au 16 avril 1919 Hôpital n° 64  de LA VEUVE (Marne)

Rejoint les Armées le 24 avril 1919

 

Envoyé en Congé illimité de démobilisation le 18 août 1919 par le Dépôt Démobilisateur du 60ème RI 8ème échelon n° 369.

 

Se retire à BESANÇON   83, rue Battant.

 

Passé au 27ème RI (de DIJON) Nouveau Corps Mobilisateur par suite changement de résidence 8ème échelon n° 927.

 

Maintenu Service Armé moins de 10 % Commission de Réforme de DIJON du 29 décembre 1931 : « Blessure de l’avant-bras gauche – Atrophie de 2,5 cm au bras ».

Convoqué suivant art. 40 de la Loi du 31 mars 1928 au 81ème Régiment Régional (de DIJON – siège à la caserne Vaillant )

Arrivé le 24 septembre 1938

Libéré le 2 octobre 1938

Rappelé à l’activité

Affecté au 81ème Régiment Régional

Arrivé au Corps le 23 août 1939

Renvoyé dans ses foyers le 28 octobre 1939

Classé dans la position Sans Affectation ledit jour.

 

 

Campagne contre l’Allemagne

 

Aux Armées Campagne Double  du 2 août 1914 au 20 avril 1916

Intérieur Blessure de Guerre Campagne Double du 21 avril au 19 décembre 1916

Aux Armées Campagne Double du 20 décembre 1916 au 11 novembre 1918

Aux Armées Campagne Simple du 12 novembre 1918 au 23 janvier 1919

Zone des Armées maladie Campagne Simple du 24 janvier au 23 avril 1919

Aux Armées Campagne Simple du 24 avril 17 août 1919

 

Zone des Armées Campagne Double du 2 septembre au 27 octobre 1939

 

Blessures, Actions d’éclat

 

Blessé le 18 avril 1916 à VAUX par éclat d’obus aux deux bras.

Cité à l’ordre du Régiment  n° 262 du 20 juin 1916 : « Sous-Officier consciencieux et dévoué, a été blessé grièvement le 18 avril 1916 alors qu’il dirigeait des travaux dans une zone très violemment battue par l’artillerie ennemie » (EIX près de VERDUN).

 

Cité à l’ordre de la Division n° 48 du 22 septembre 1917 : « Gradé consciencieux, intelligent et dévoué, s’était déjà fait remarqué au cours de l’offensive du 16 avril 1917 par son courage et son réel mépris du danger. Pendant l’attaque du 9 septembre 1917 (à la cote 344 – cote du Poivre à VERDUN), s’est dépensé sans compter, participant à l’installation d’une tranchée sous un bombardement intense et assurant ensuite d’une façon parfaite le ravitaillement en munitions des unités du Régiment ».

 

Médaille Militaire par Décret du 7 octobre 1933 (JO du 27/28/29 octobre 1933)

 

PS : menuisier-ébéniste à SAINT-BROING-LĖS-MOINES est  décédé en 1968, marié à Yvonne CHEVALLIER : deux enfants : André né en 1919 et Maurice né en 1923 à SANT-BROING-LÈS-MOINES. André DEGOIX a eu plusieurs enfants dont Michel DEGOIX  Les Cléments 04150 REVEST-DU-BION (04.92.73.25.58) et Yves DEGOIX 46, avenue des Marronniers 04300  FORCALQUIER  (04.92.75.11.38)

 

 

A Fontenoy le circuit des fusillés notifie par ce panneau les lieux des drames.

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http://www.musee-territoire-1418.fr/Parcourir/En-voiture/Circuit-des-fusilles

 

  Lisez aussi l'article sur Leymarie ICI.
 


Date de création : 11/01/2015 @ 22:46
Dernière modification : 12/07/2016 @ 14:53
Catégorie : Les autres fusillés du Soissonnais

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