Manifestations associatives - Commémoration de la bataille de Quennevières de juin 2015. L'enfer de Quennevières

COMMEMORATION DU CENTENAIRE DE LA BATAILLE DE QUENNEVIERES

JUIN 2015

Juin 1915. L'enfer de Quennevières

Publié dans Le télégramme du 5 juin 2015  par Catherine Lozac'h, avec Jean-Yves Rio et Rémi Hébert le_teegramme.jpg

En ce mois de juin 1915, la Picardie connaît l'épisode le plus meurtrier de toute la guerre. Nous poursuivons notre série mensuelle sur la Grande Guerre dans les pas du 316e régiment à Quennevières, nom associé au général Nivelle.
 
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La ferme de Quennevières est isolée sur un plateau de la campagne picarde. « Presqu'un billard », résume Rémi Hébert, historien local. De part et d'autre de la route, les tranchées de chaque camp. Les soutiens français sont dans le bois voisin. Les Allemands dans un ravin. C'est là qu'est cantonné le 316e régiment d'infanterie de Vannes. Fin avril, de nombreux travaux sont prescrits. Mi-mai, des officiers se succèdent et du matériel afflue. En face, les soldats alertent de ce chambardement, sans être écoutés. « La guerre s'enlise dans les tranchées. Joffre lance le 9 mai la seconde bataille de l'Artois. Mais dès le 13, un semi-échec se dessine. Il décide d'allumer un contre-feu en lançant une attaque sur un autre front », explique Rémi Hébert. « Pour le général Dubois, commandant la VIe armée, il faut percer le front à l'ouest de Compiègne, précisément au sud de la ferme de Quennevières car, selon l'un de ses subordonnés, le tout nouveau général Nivelle, les meilleures conditions de réussite y sont réunies ».
 
Le 6 juin
Dimanche 6 juin, on lit dans le journal du régiment vannetais : « Une attaque des tranchées allemandes est prononcée. Les Tirailleurs à gauche, le 264e au centre et un bataillon du 2e Zouaves à droite. L'attaque a lieu à 10 h 15 ». Le rôle du 316e : « créer des boyaux de communication entre les tranchées conquises et les nôtres, ravitailler en munitions, eau, vivres, matériel, les troupes d'attaque. Fournir quatre sections chargées d'accompagner les troupes d'attaque ». La bataille s'engage sur 1.100 m. « L'objectif est de s'emparer des premières et deuxièmes lignes allemandes, d'élargir la brèche pour prendre l'ennemi à revers », explique Rémi Hébert. Dès le dimanche soir, le 316e dresse une longue liste de noms : 29 morts, 95 blessés et un disparu. Les deux jours suivants, « les compagnies occupent les tranchées conquises ». Mais la liste des morts et blessés s'allonge. Lundi 14, « dans l'après-midi, canonnade intense sur tout le secteur. L'infanterie ennemie tente de sortir de ses tranchées, sans résultat ». Quand même six morts et 30 blessés. Et la préparation de la nouvelle attaque française est très perturbée. Le lendemain, « un bombardement violent de nos tranchées se continue toute la journée ». Quatorze morts, 80 blessés. Finalement, mercredi 16, « la 20e compagnie a pour mission d'attaquer au point du jour une position avancée de l'ennemi. Son mouvement se déclenche vers 4 h. Elle réussit à occuper la position et s'y maintient ». Mais les hommes éprouvés par dix jours de combats sont à bout. En face, les effectifs ont été renforcés.
 
Quelques mètres
« L'attaque du 16 est un fiasco. Le front en est au même point que le 6 au soir. Il ne bougera plus jusqu'en 1917 », explique Rémi Hébert. « Cette bataille se termine par une victoire à la Pyrrhus. Elle jouera pourtant un rôle dans l'irrésistible ascension de Nivelle ». Selon son JMO (journal de marches et opérations), 67 soldats du 316e sont morts et 298 blessés pour ces quelques mètres de plaine. Régiment de soutien, il est presqu'« épargné » dans cette boucherie où 10.300 soldats français sont tués, blessés, faits prisonniers ou portés disparus. Les Allemands parlent d'ailleurs de « l'enfer » de Quennevières. Jeudi 17 juin à 10 h à Vannes, un service solennel de requiem est célébré à l'école Saint-François-Xavier. 88 noms d'anciens élèves morts pour la France sont cités. Le dernier de la liste : Joachim Vicat, capitaine du 2e Zouaves, tombé le 6 juin à Quennevières... Quatre mois plus tard, le brancardier du 316e, Pierre Le Pautremat, écrit à sa mère à Questembert : « Nous avons déterré un cadavre boche : un capitaine tué à l'attaque du 6 juin et qui sentait bien mauvais. Il en reste des tas. Sitôt que les hommes veulent faire un boyau, ils en découvrent. Il y a des endroits où on aperçoit un pied ou les os de la jambe ou des bottes ou la tête. Ce n'est pas amusant, mais nous y sommes habitués. Il n'y a qu'à l'odeur qu'on ne s'habitue pas vite ».

 http://www.letelegramme.fr/morbihan/vannes/juin-1915-l-enfer-de-quennevieres-05-06-2015-10654923.php

 


Date de création : 26/07/2015 @ 22:13
Dernière modification : 26/07/2015 @ 22:20
Catégorie : Manifestations associatives

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