Les autres fusillés du Soissonnais - Jean Grataloux

Jean Grataloux

soldat du 238e RI,

fusillé le 12 décembre 1914 à Nouvron-Vingré,

condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division

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Le 25 septembre 1914, Jean Grataloux soldat du 238e RI se présente à l'infirmerie de son régiment avec la deuxième phalange de l'index gauche coupée. Il dit avoir été blessé par une balle perdue allemande alors qu'il venait de quitter sa tranchée. Il s'est pansé lui-même et il n'y a pas eu de témoin. Le médecin-major Nordmann et le médecin auxiliaire Croupier ont le sentiment qu'il s'agit d'une mutilation volontaire. Néanmoins, après l'avoir soigné ils lui disent de retourner dans sa tranchée. Il n'est cependant pas signalé comme s'étant mutilé volontairement.

Au lieu de cela, Grataloux se présente à l'ambulance n°1 à Fontenoy et réussit à se faire évacuer. Il est alors porté absent et rapidement on se doute qu'il a pu se faire évacuer sur un hôpital de l'arrière. Les recherches entreprises permettent de le retrouver à l'hôpital du Havre. Il est arrêté et ramené dans son unité.

Le 12 décembre le conseil de guerre de la 63e division, siégeant à Saint-Bandry le condamne à la peine de mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" à une courte majorité. Il est emmené par les gendarmes pour se rendre à Vingré, mais, alors qu'ils l'escortent, Grataloux se porte deux coups de couteau dans la poitrine avec un couteau de poche qu'il avait dissimulé dans ses bandes molletières. Les blessures étant superficielles et sans gravité, Grataloux est fusillé le 12 décembre 1914 à Vingré en fin d'après-midi.

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Il est enterré sur place, au même endroit que les 6 fusillés du 4 décembre 1914 appartenant au 298e RI

 

Jean Grataloux est inhumé à la nécropole d'Ambleny (449, carré D)

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7ème Corps d’Armée

63ème  Division d’Infanterie

Justice Militaire

Procès-verbal d’exécution à mort.

L’an mil neuf cent quatorze et le douze décembre à dix-sept heures trente minutes

Nous adjudant Favier, greffier près le Conseil de guerre de la 63ème Division d’Infanterie, en date du douze décembre mil neuf cent quatorze.

Nous sommes transportés à la sortie ouest de Vingré pour assister à l’exécution de la peine de mort prononcée le douze décembre mil neuf cent quatorze, en réparation du crime d’abandon de poste en présence de l’ennemi contre le nommé Grataloux Jean âgé de 34 ans, soldat de 2ème classe à la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie, né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire, canton de Saint-Rambert, département de la Loire, fils de feu Benoît et de Moulin Elisabeth, profession de tourneur sur métaux à Saint-Etienne (Loire).

Le condamné a été amené sur le lieu d’exécution par un détachement. En arrivant sur le terrain, le condamné s’est porté brusquement un coup à la gorge avec un couteau qu’il a paraît-il, sorti de ses molletières. Le médecin major Antoine du 238ème Régiment d’Infanterie, désigné pour assister à l’exécution a constaté que la blessure n’entrainerait aucune incapacité fonctionnelle et ne faisait pas obstacle à ce que la justice suive son cours.

Nous, greffier soussigné, avons alors donné lecture au condamné en présence de monsieur le Commandant Roux du 238ème Régiment d’Infanterie, juge au dit conseil et désigné en cette qualité par Monsieur le président à assister à l’exécution – et devant les troupes assemblées en armes en jugement précité.

Aussitôt après cette lecture, un piquet d’Infanterie composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté Monsieur le médecin major Antoine, commis à cet effet.

 

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Aussitôt après cette lecture, un piquet d’Infanterie composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté Monsieur le médecin major Antoine, commis à cet effet.

En foi de quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal prescrit par les articles 151 du code de justice militaire et 127 du décret du 4 octobre 1891 portant règlement sur le service des places.

Fait à Vingré (Aisne) les jour, mois et an que dessus

                                                                              Favier

Le présent procès-verbal a été transcrit au pied de la minute du jugement conformément aux prescriptions de l’article 378 du code d’instruction criminelle. Le greffier

                                                                              Favier

 

 

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N° DU JUGEMENT                                                                                                                         (FORMULE N° 16)

            45                                                      REPUBLIQUE FRANCAISE                                                 ___

          ___                                                                ________                                                          N° 45 d’ordre

(Art. 140                                                                                                                                                    ___

Du Code de justice militaire)                                                                                                                 Date du crime ou du délit

          ___                                                                                                                                      15 septembre 1914

MINUTE DE JUGEMENT                                         JUGEMENT   

 

Rendu par le CONSEIL DE GUERRE de la 69ème Division d’Infanterie

Séant à Saint Bandry (Aisne)

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

 

Le Conseil de guerre de la 63ème division d’infanterie

A rendu le jugement dont la teneur suit :

Aujourd’hui douze décembre an mil neuf cent quatorze

Composé, conformément aux articles 3 et 10 du code de justice militaire de MM.

Andlauer – colonel commandant la 126ème brigade d’infanterie – Président

Roux – commandant au 216ème régiment d’infanterie                   )

Ballay – capitaine au 321ème régiment d’infanterie                         )  Juges

Gignoux – sous-lieutenant au 238ème régiment d’infanterie          )

Boucharie – adjudant au 321ème régiment d’infanterie                   )

  

Tous nommés par le (1) général Jullien commandant la 63ème division d’infanterie

M. le lieutenant Acalme,  Commissaire du Gouvernement   

M. l’adjudant Favier, Greffier près ledit Conseil ;

                Lesquels ne se trouvent dans aucun des cas d’incompatibilité prévus par les articles 22, 23 et 24 du Code précité ;

                Le Conseil, convoqué par l’ordre du commandant, conformément à l’article 111 du Code de justice militaire, s’est réuni dans le lieu ordinaire de ses séances, en audience publique (2)

                À l’effet de juger le nommé Grataloux Jean, soldat de 2ème classe, à la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie, fils de feu Benoît et de Moulin Élisabeth, né le 9 décembre 1880, à Saint-Just-sur-Loire, arrondissement de Montbrison, département de la Loire

Résidant, avant son entrée au service, à Saint-Etienne (Loire) rue Tournefont

Taille d’un mètre 650 millimètres, cheveux et sourcils châtains, front ordinaire

Yeux gris clair, nez moyen, bouche moyenne, menton à fossettes

Visage ovale, teint

(3) inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

 

Condamnations antérieures inconnues

 

 

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La séance ayant été ouverte, le Président a fait apporter et déposer devant lui, sur le bureau, un exemplaire du Code de justice militaire, du Code d’instruction criminelle et du Code pénal ordinaire, et ordonné à la garde d’amener l’accusé, qui a été introduit, libre et sans fers, devant le Conseil, accompagné d’un défenseur maréchal des logis Guillaume du 14ème Dragons à ce commis.

Interrogé de déclarer ses noms, prénoms, âge, lieu de naissance, état profession et domicile, l’accusé a répondu se nommer Grataloux Jean, 34 ans, né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire (Loire), marié, un enfant, tourneur sur métaux, demeurant à Saint-Etienne (Loire) rue Tournefont et actuellement soldat de 2ème classe à la 20ème compagnie du 238ème régiment d’infanterie.

 

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Ouï, M. le Commissaire du Gouvernement en ses réquisitions tendant à ce que (3) le susnommé soit déclaré coupable d’avoir le 25 septembre 1914, aux environs de Fontenoy, abandonné son poste en présence de l’ennemi et à ce qu’il lui soit fait application de l’article 213, paragraphe premier du code de justice militaire.

Et l’accusé dans ses moyens de défense, tant par lui que par son défenseur, lesquels ont déclaré n’avoir rien à ajouter à leurs moyens de défense, et ont eu la parole les derniers, le Président a déclaré les débats terminés, et il a ordonné à l’accusé de se retirer.

L’accusé a été reconduit par l’escorte à la prison ; le Commissaire du Gouvernement, le Greffier et les assistants dans l’auditoire se sont retirés sur l’invitation du Président (4) :

Le Conseil délibérant à huis clos, le Président a posé les questions, conformément à l’article 132 du Code de justice militaire ainsi qu’il suit :

 

 

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Première question : le soldat Grataloux de la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie est-il coupable d’avoir le 25 septembre 1914 aux environs de Fontenoy, abandonné son poste ?

Deuxième question : Le dit abandon a-t-il eu lieu en présence de l’ennemi ?

Les voix recueillies séparément, en commençant par le grade inférieur, le Président ayant émis son opinion le dernier, le Conseil déclare :

Sur la première question, à la majorité de trois voix contre deux, que le soldat Grataloux est coupable d’avoir le 25 septembre 1914 aux environs de Fontenoy abandonné son poste.

Sur la deuxième question, à la majorité de trois voix contre deux, que cet abandon a eu lieu en présence de l’ennemi.

Sur quoi et attendu les conclusions prises par le Commissaire rapporteur en ses réquisitions, le Président a lu le texte de la loi et a recueilli de nouveaux les voix dans la forme indiquée ci-dessus pour l’application de la peine.

En conséquence, le Conseil condamne, à la majorité à trois voix contre deux,  le nommé Grataloux à la peine de mort, en vertu de l’article 213 du code de justice militaire, lequel est ainsi conçu : « Tout militaire qui abandonne son poste est puni

1° : de la peine de mort si l’abandon a eu lieu en présence de l’ennemi ou de rebelles armés.

2° : de deux ans à cinq ans d’emprisonnement, si, hors la loi prévue par le paragraphe précédent, l’abandon a eu lieu sur un territoire en état de guerre ou en état de siège.

Le condamne en outre aux frais envers l’État, conformément à l’article 139 du code de justice militaire ainsi conçu : « Le jugement qui prononce une peine contre l’accusé, le condamne aux frais envers l’État ».

Fixe au minimum la durée de la contrainte par corps, conformément à l’article 9 de la loi du 2 juillet 1867 ainsi conçu « la durée de la contrainte par corps est réglée ainsi qu’il suit : « de deux à vingt jours lorsque l’amende et les autres condamnations n’excèdent pas cinquante jours ».

 

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Enjoint au Commissaire du Gouvernement de faire donner immédiatement en sa présence lecture du présent jugement au condamné devant la garde rassemblée sous les armes,

Le Conseil étant entré en séance publique, le Président a lu les motifs et le dispositif ci-dessus.

 

Fait, clos et jugé sans désemparer, en séance publique, à Saint Bandry, les jour, mois et an que dessus.

 

En conséquence, le PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE MANDE ET ORDONNE à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement à exécution ; aux Procureurs généraux et aux Procureurs de la République près les tribunaux de première instance d’y tenir la main ; à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.

En foi de quoi le présent jugement a été signé par les membres du Conseil et par le Greffier.

 

Andlauer, Ballay, Roux, Gignoux , Bouchary, Favier

 

L’an mil neuf cent quatorze et le douze décembre, le présent jugement a été lu par nous, Greffier soussigné, au condamné. Cette lecture faite en présence de la garde rassemblée sous les armes.

 

Le Commissaire du Gouvernement                                                       Le Greffier

V. Acalme                                                                                                         Favier

 

 

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EXECUTOIRE

Vu la procédure instruite contre le nommé Grataloux Jean

Et les frais d’icelle dont le détail suit :

1° Taxe des témoins, experts, interprètes ………………………………………………………………………..

2° Prime de capture d’un déserteur …………………………………………………………………………………

3° Amende ……………………………………………………………………………………………………………………….

4° Frais fixes de procédure devant le Conseil de guerre : douze francs or ……………………….. 12 F 00

5° Frais fixes de procédure devant le Conseil de révision …………………………………………………

6° Frais fixes de procédure devant le Conseil de guerre jugeant en 2° instance ……………….

7° Décimes additionnels ………………………………………………………………………………………………….. _______

                                                Total : douze francs or ……………………………………………………………  12 F 00

 

Vu le dispositif du jugement définitif, l’article 139 du Code de justice militaire, le Président du Conseil de guerre de la 63ème Division d’Infanterie liquide les frais dont l’état est ci-dessus à la somme de douze francs du montant de laquelle il délivre le présent exécutoire, pour le recouvrement de ladite somme être poursuivi sur les biens présents et à venir du condamné, par les préposés de l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.

En conséquence, LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE MANDE ET ORDONNE à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement à exécution : aux Procureurs généraux et aux Procureurs de la République près les tribunaux de première instance d’y tenir la main ; à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.

Fait en la Chambre du Conseil de guerre susdit, à Saint Bandry, le douze décembre mil neuf cent quatorze.

                                                                                                                             Le Président,

                                                                                                                                                          Andlauer

 

 

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7e Corps d’Armée                                                                                                                  Le 27 septembre 1914

         __________

63e Division d’Infanterie

         __________

        126e Brigade

         __________

238e Régiment d’Infanterie                                      R A P P O R T

 

tendant à traduire en Conseil de Guerre

le Soldat GRATALOUX Jean, Classe 1900, N° Mle 10.138

du 238e Régt d’Infie, inculpé de mutilation volontaire

 

++++++++++++++++++++++++++

 

 

                Le Lieutenant DUC, Commandant le 5e Bataillon du 238e Régiment d’Infanterie a l’honneur de porter à la connaissance du commandant les faits suivants :

                Le Soldat GRATALOUX Jean, Classe 1900, N° Me 010.318, faisant partie de la 1e Section de la 20e Cie du 238e d’Infanterie, avait un doigt abimé avant d’entrer en campagne (l’annulaire gauche, d’après mon enquête). Le 25 septembre, il s’est présenté à l’infirmerie du 238e avec une phalange en plus coupée à ce doigt. Le Médecin-Major NORDMANN du 238e, qui l’a examiné et pansé, conclut formellement à une amputation faite volontairement. Le pansement fait, il a enjoint à cet homme de rejoindre sa Compagnie dans les tranchées qu’elle occupe. Ce soldat n’a pas reparu au Régiment. On suppose qu’il a dû se présenter à une autre ambulance et réussir à se faire évacuer.

                Il y aurait lieu de faire rechercher ce militaire, et, après enquête, si les faits et suppositions précédents sont présumés exacts, de donner à l’évènement les suites et sanctions qu’il comporte, en traduisant cet homme en conseil de guerre.

 

                                                                                              Cote 140 – Nord Fontenoy

                                                                                              Le 27 Septembre 1914 – 16 h

                                                                                         Le Lieutenant Commandant le 5e

                                                                                                                                             Bataillon du  238e Régt

                                                                                                      Signé : DUC

 

          Le 1er Octobre 1914

              Avis conforme

Le Chef de Bataillon Chef de Corps

             Signé :  VAILLAND

 

« Transmission avec prière de vouloir bien faire rechercher le soldat Grataloux Jean Cl 1900, dans les ambulances du 7e Corps d’Armée et adresser les renseignements le concernant au Général Commandant la 63e Division ».

                                                                                                 Ambleny, le 2 octobre 1914

                                                                                         Le Général Commandant la 63e Division

                                                                                                                P.O. le Chef d’Etat-Major         

 

 

 

 

 

Dans ce dernier rapport du 27 septembre 1914 le médecin Nordman est cité:

on le retrouve sur les graffitis de la carrière de l'hôpital justement:

graf_Nordman.jpg

 

 


Date de création : 24/11/2015 @ 22:35
Dernière modification : 08/02/2016 @ 10:51
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