Travaux particuliers - Recherches archéologiques des corps (Inrap 2015)

          Recherches archéologiques des corps (Inrap2015)

Archéologie de la Grande Guerre: des artilleurs britanniques retrouvés ?

corps00.jpg

graffito épitaphe crayon, 13 x 28

 

corps0.jpg

De gauche à droite au premier plan : Gérald Muraswki, Marc Loize, Gilles Prilaux, au second plan : Guy Flucher et Hervé Vatel. 19 août 2015

 

Parmi les 200 inscriptions recensées dès 2009 dans une carrière du secteur de Brenelle figure un message peu habituel dans ce genre d’endroit. Il s’agit en effet d’une épitaphe funéraire britannique exécutée au crayon à moins de 30 cm du sol. Sous une petite croix latine, on peut encore lire  15 SEPT 1914, HERE LIES Sergt Smith and 3 Gunners 29 Battery RFA 15 septembre 1914 (ici reposent le sergent Smith  et 3 canonniers, 29e Royal Field Artillery).

Le contexte opérationnel renvoie à la bataille de l’Aisne, lorsque le Corps Expédi- tionnaire Britannique (B.E.F), à la suite de la bataille de la Marne, tenta de poursuivre  et battre les allemands sur la rive droite de l’Aisne. Le 13 septembre, l’artillerie de cam- pagne britannique appuyait la progression de l’infanterie. En face, la farouche résis- tance des Allemands qui surent tirer profit du moindre avantage du relief et disposant de pièces lourdes stoppa l’avance des Tommies. Nos artilleurs furent envoyés dans la tombe ce même jour par un tir de contre-batterie allemand bien ajusté. Sur l’inscrip- tion, la date du 15 septembre correspond à celle de leur inhumation au moment où la bataille perdit de son intensité permettant ainsi de s’occuper des morts.

Le sergent Smith est inscrit parmi les 3739 autres noms du Mémorial de La Ferté-sous-Jouarre. Rappelons que ce monument est dédié aux soldats britanniques morts entre la bataille de Mons et celle de l’Aisne et ne disposant pas d’une sépulture connue. Parmi les artilleurs tués entre les 13 et 15 septembre 1914 figure l’identité des trois inconnus de la fosse : Charles C. Lightfoot, Frederick Henry Blyth et John J. Adams. L’identité du sergent peut également être complétée avec ses prénoms ainsi que son âge : John J. Smith, 30 ans. L’informatisation des données du mémorial par Marc Loize fut d’ailleurs d’un grand secours. Cela signifiait donc que leur sépulture de guerre se trouvait à cet endroit. Il fallait alors déterminer l’existence d’une fosse devant l’inscription, ce qui fut fait sans creuser grâce à Bruno Robert, archéologue à l’INRAP. Un échantillon prélevé par carottage révéla par la suite la présence de cuir et de bois. De la présomp tion, on passa à la conviction qu’ils furent effectivement inhumés ici. Or, devant la pres- sion exercée par les pillards et fouilleurs clandestins sur les carrières, une pression décuplée par « l’effet Centenaire », le risque de constater la profanation de ce lieu était grand.

Gilles Prilaux du service archéologique régional prit le projet au sérieux, secondé par Guy Flucher, archéologue spécialiste des sépultures de la Grande Guerre. En accord avec le propriétaire, les fouilles ont pu se dérouler à la date prévue, le 19 août. Sous la direction scientifique des archéologues de l’INRAP, l’équipe était composée d’Hervé Vatel, Marc Loize, Jérôme Buttet de Soissonnais 14-18 et de Gérald Murawski, professeur d’histoire à Saint Quentin, spécialiste de l’équipement individuel des combattants. La présence de la fosse fut attestée. Néanmoins, la mise à jour d’objets postérieurs à 1914 révéla que les restes avaient été exhumés, sans doute pour rejoindre après la guerre une nécropole militaire britannique comme celle de Vailly ou de Braine où les tombes de soldats inconnus sont nombreuses. Ce- pendant, quelques ossements humains oubliés ainsi que quelques indices matériels individuels britanniques attestent qu’il y eut effective- ment des corps inhumés. Les analyses anthropologiques sont en cours et une étude historique sera remise au Service Régional de l’Archéologie (SRA). Si le résultat ne fut pas à la hauteur des espérances, en revanche, les connaissances de chacun furent très appréciées mutuelle- ment dans une ambiance chaleureuse et il était bien naturel que quelques membres de Soissonnais y participassent. Au moins sait-on en partie ce qu’il est advenu des restes de ces soldats et quel sens donner à la fonction du Mémorial de la Ferté-sous-Jouarre, à savoir commémorer ceux qui sont sans tombe connue.

Enfin, signalons que cette opération n’aurait pas pu avoir lieu sans à la base, l’intervention d’Yves Desfossés, conservateur régional de l’archéologie en Champagne-Ardenne et au final, l’accord de Jean-Luc Collart, conservateur régional de l’archéologie en Picardie.

Jérome Buttet, article Echo du plateau n° 87, septembre 2015

 

VOUS POUVEZ RETROUVER EN FILMS  CETTE PAUSE ARCHEOLOGIQUE DE L'INRAP D'AOUT 2015 EN CLIQUANT SUR LE LIEN ICI.

 

Il s'agit du webdocumentaire "700 000" sur les disparus de la Grande Guerre.

 

POUR NE VOIR QUE LE FILM

SUR LE GRAFFITO ET LES FOUILLES INRAP-SOISSONNAIS 14-18:

 

 

 

 

Parmi les millions de morts de la Première Guerre mondiale, 700 000 soldats sont encore ensevelis sous l’ancienne ligne de front ou dans des sépultures provisoires. Le webdocumentaire réalisé par Olivier Lassu revient sur le sort de ces soldats en suivant l’avancée des travaux des archéologues spécialistes de la Grande Guerre.

 

Le webdocumentaire

Proposé comme une expérience immersive, le webdocumentaire 700 000 revient sur les traces de ces soldats disparus à travers les fouilles archéologiques menées dans cinq zones situées le long de l’ancienne ligne de front dans le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Marne. Naviguant grâce à une carte stylisée d’un chantier de fouille à l’autre, l’internaute déambule à travers les paysages d’aujourd’hui et suit le travail des archéologues jusqu’à l’identification des soldats disparus.

Travaillant avec trois archéologues spécialistes de 14-18, Yves Desfossés, Alain Jacques et Gilles Prilaux, le webdocumentaire revient sur des fouilles passées et en cours autour de conq histoires dont:

Carrière de l’Aisne

L’équipe d’archéologues de Gilles Prilaux a été chargée de rechercher dans une carrière de l’Aisne les corps de soldats signalés par une épitaphe écrite sur la paroi : « ici gît le sergent Smith – ainsi que trois artilleurs – 1914 ». Mais la fosse découverte ne contient pas de corps : ils auraient été probablement exhumés à la fin de la guerre, confrontant aujourd'hui les archéologues à de nombreuses questions pour comprendre l’histoire de ces soldats britanniques.

 

Vous y retrouverez les scènes figées ci-dessous:

corps1.jpg

corps2.jpg

corps3.jpg

corps4.jpg

corps5.jpg

corps6.jpg

corps7.jpg

corps8.jpg

corps9.jpg

corps10.jpg

corps11.jpg


Date de création : 02/03/2016 @ 19:04
Dernière modification : 22/03/2016 @ 21:12
Catégorie : Travaux particuliers

Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


^ Haut ^