Les 6 fusillés - Hommage aux fusillés de Vingré le 14 juillet 2016 à Vichy,
dévoilement d'une plaque toponymique

 

Hommage aux fusillés de Vingré le 14 juillet 2016 à Vichy,

dévoilement d'une plaque toponymique

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De gauche à droite: M. Claude Malhuret, sénateur-maire de Vichy - Dr. Destemberg, délégué national du Souvenir français - M. Charlier, Président du Comité de Vichy du Souvenir français - les membres des familles des trois fusillés bourbonnais, famille Paul Jallet, petit-neveu de Pierre Gay, famille Jean-Claude Pettelet, petit-fils de Claude Pettelet, famille de Jean Quinault -M. Paul Péronnet, membre du Souvenir français, qui a fait une allocution

 

Il s'agit de la suite des démarches publiques du 30 janvier 2016 pour une mémoire retrouvée.

(cf notre article sur la pose d'une plaque le 30 janvier 2016 à Vichy ICI)

Retrouvez l'article de presse du 15 juillet 2016 de la Montagne traitant de cet hommage.

(cf notre article sur l'hommage du 14 juillet 2016 à Vichy ICI)

Vous retrouverez ci-dessous l'allocution de Paul Peronnet du Souvenir français prononcée le 14 juillet 2016 à Vichy

à l'occasion du dévoilement de la plaque toponymique "Vingré"

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Monsieur Paul Peronnet lors de son allocution

 

M. le Sous-Préfet,

M. le Sénateur Maire de Vichy,

MM les Députés,

MM. les Présidents du Conseil Régional et du Conseil Départemental,

MM. les élus,

M le Capitaine de Gendarmerie,

M. le Commissaire de Police,

              MM. les présidents des associations d'Anciens Combattants et des autres associations, dont l 'association du quartier,

              MM. et  Mmes les portes-drapeaux,

              chers descendants des martyrs de Vingré, des familles des trois Bourbonnais fusillés,

              MM et Mmes les habitants du quartier

               et les personnes de passage, 

              cher Jean Forestier, qui a soutenu cette initiative.

 

  Le Comité de Vichy du Souvenir français, dont je suis membre comme Officier de Réserve, présidé par M. Jean Charlier, a bien voulu accepter ma proposition de donner par une plaque une information sur le nom de cette rue où nous sommes. Beaucoup de passants, de touristes et même de résidents du quartier ignorent la signification du mot Vingré. Il était temps de combler ce manque d'information. Cette rue porte en effet un nom chargé d'histoire, une histoire dramatique.

 

 

REMONTONS A L'EPOQUE DES FAITS

 

 Nous sommes début décembre 1914. La guerre a commencé il y a 4 mois. L'offensive allemande a été terrible. Nos armées ont subi plusieurs revers : sur le front d'Alsace, puis en Lorraine, puis sur la Marne, où heureusement la vaillance de nos troupes a empêché l'irruption allemande vers Paris. Les combats ont partout été sanglants. Le front se fige sur l'Aisne. Des tranchées ont été creusées dans la boue. Nos armées n'arrivent pas à déloger les Allemands de leurs positions, malgré des assauts sur les barbelés qui provoquent la perte des trois-quarts de l'effectif dans plusieurs régiments.

 

Le 298ème  R.I., de Roanne, auquel appartiennent les soldats mentionnés sur cette plaque est un régiment de réservistes. Ce régiment a participé en septembre à la victoire de la Marne et a été le 1er régiment de réserve de France dont le drapeau a été décoré de la Légion d'Honneur. Ses pertes ont été sévères :  à fin octobre 1 200 tués sur 2000. Parmi lesquels des gens célèbres : Joseph Déchelette, grand archéologue, ou, parmi les blessés, Jean Giraudoux. Les régiments doivent être régulièrement reconstitués avec d'autres réservistes ou des territoriaux (de plus de 40 ans). Les nouveaux arrivants sont parfois  tués avant même d'avoir le temps de se faire enregistrer !...

 

Devant cette hécatombe et l'insuccès de nos assauts sur les barbelés, le haut commandement sanctionne en les remplaçant plusieurs généraux et colonels, ce qui créé une grande tension  dans toute la hiérarchie militaire . On demande à tous les gradés de durcir la discipline.

Le champ de bataille autour de Vingré est devenu un immense charnier, où les corps français et allemands sont entremêlés. Le Général de Villaret ordonne de brûler tous ces cadavres, ce qui n'est pas possible. On  y jette de la chaux. Le général de Brigade DOLOT, qui est sous ses ordres a 62 ans. Lui aussi a une mentalité d'un autre âge, très dure envers les hommes de troupe, qu'il n'hésite pas à frapper avec sa canne en parcourant les tranchées. Il leur crie « Les jours de bataille, on ne mange pas ! », alors que c'est en permanence jour de bataille…  Il insulte les survivants qui rentrent d'une sortie sur les barbelés. Tous les soldats et tous les gradés sont terrorisés.

 

Au passage, notons que cet état d'esprit est à l'opposé de celui  d'autres chefs de cette  Grande Guerre, parmi lesquels le Général Pétain, qui sut retourner le moral des troupes à Verdun et arrêter avec douceur les mouvements de révolte.

 

Pour compléter le contexte de cette fin 1914, le cadre juridictionnel:

Dès la 6 septembre 1914 une juridiction d'exception a été créée: les Conseils de guerre spéciaux. A la différence des tribunaux de régiment, la procédure y est expéditive : exécution des jugements dans les 24 heures  Aucun  droit de recours, d'appel ou de pourvoi en cassation. Seulement 3 juges militaires (au lieu de 5).

 

 

L'INCIDENT DE VINGRE

 

Le 27 novembre, les hommes des 1ère et 2ème Section de la 19ème Compagnie du 298ème

R.I. occupent une tranchée, devant la petite commune de Vingré. La partie droite de la tranchée a été dévastée par des obus allemands.

Vers 17 h, les hommes mangent leur maigre ration. Des Allemands font irruption et capturent plusieurs hommes, en les menaçant de leur baïonnette, dont le caporal De Vogue (ils seront inculpés plus tard pour désertion).

Le caporal FLOCH et le soldat GAY se dégagent de l'escarmouche, suivis du sergent Diot.

 

Le Sous-Lieutenant Paulaud,  chef de cette  2ème Section, donne un ordre de repli : « Allons à la tranchée de résistance ! », c'est-à-dire la tranchée suivante. Il prend la tête de sa section. Arrivé le premier dans cette tranchée de repli,  il rencontre  son supérieur, le Lieutenant Paupier, qui l'accueille en lui criant : «  Voilà du joli, Paulaud ! Retournez en avant ! » Le Sous-Lieutenant  Paulaud obtempère et retourne, suivi à nouveau de tous ses hommes. Tous reprennent leur poste dans la première tranchée.

 

Ce simple mouvement d'aller-retour s'est déroulé en 10 à 15 minutes et est analogue à ceux qui s'effectuent chaque jour sur le front !

 

Mais l'affaire est venue aux oreilles du Général de Villaret, commandant le corps d'armée. Il décide de faire un exemple et parle aussitôt de faire fusiller toute la section.

Après l'intervention de certains de ses officiers, il se ravise et décide de limiter la peine capitale à 6 hommes, ce qu'il considère être un geste de clémence.

 

Un Conseil de Guerre spécial est réuni le 3 décembre à 19h, avec trois juges.  La défense a été  confiée à 16h à un Vichyssois, le Sous-Lieutenant Bodé, commis d'office, qui n'a pas le temps de recueillir tous les témoignages et ne peut donc préparer une défense normale.

 

Le Président demande aux 24 hommes de la Section de se positionner dans l'ordre où ils se trouvaient dans la tranchée. Il propose à la Cour de condamner à mort les 6 premiers, se conformant bien au nombre qu'avait auparavant fixé le Général de Villaret.

Cette sentence est prise pour les six pour « abandon de poste en présence de l'ennemi ».

 

Les 18 autres soldats sont acquittés, mais frappés ensuite de 60 jours de prison par le Général de Villaret.

 Pendant les débats, le Sous-Lieutenant Paulaud, qui aurait dû figurer parmi les prévenus, 

n'a jamais dit que c'est lui qui avait donné l'ordre de repli. Les soldats, abasourdis, se bornent chacun pour leur défense à se proclamer innocents, ne comprenant pas pourquoi ils se trouvent là, à un Conseil de Guerre.  

 

Le lendemain matin, 4 décembre 1914, à 7 h du matin, les six condamnés, attachés chacun à un poteau,  sont passés par les armes, à raison de 12 tireurs par condamné.

La Compagnie doit défiler devant les corps déchiquetés.

Beaucoup d'officiers comme de soldats ont les larmes aux yeux. On entend plusieurs sanglots, dira Lafloque, caporal à la Section des fusillés. En quittant les lieux, le Sous-Lieutenant Paulaud confie à son ordonnance, qui le répétera : «Nous venons de fusiller des innocents. » 

Quelques jours plus tard le Commandant de la SELVE,  chargé le Commandement d'enquêter sur l'affaire de Vingré, devient fou et se suicide.  

 

 

QUI ETAIENT LES SIX HOMMES CONDAMNES A MORT

 

La moitié d'entre eux étaient originaires de l'Allier :

 

- Claude PETTELET : 27 ans, de La Guillermie, marié, père d'un fils Jérôme, agriculteur.

- Jean QUINAULT : 28 ans, de Saint-Victor, marié depuis 5 mois.

- Pierre GAY : 30 ans, du Tréteau, agriculteur.

 

Les trois autres étaient :

 

- le Caporal Henri FLOCH : 33 ans, de Breteuil (Eure), marié, greffier de justice de paix.

- Jean BLANCHARD : 35 ans, d'Ambierle (Loire), cultivateur

- Francisque DURANTET : 36 ans, d'Ambierle (Loire), marié, deux enfants, agriculteur.

 

Tous ont rédigé la veille de leur exécution une lettre à leur famille. Voici quelques extraits :

 

Claude PETTELET :  « ...0n est 6 qui sont condamnés à mort… Je n'ai pas tué ni volé et celui qui nous a condamné, j'espère de le voir un jour devant Dieu... »

Pierre GAY, qui avait réussi avec le Caporal FLOCH à échapper aux Allemands (pour leur malheur d'ailleurs !)  écrit : « ...Je meurs innocent du crime d'abandon de poste qui m'est reproché. Si, au lieu de m'échapper des Allemands, j'étais resté prisonnier, j'aurais encore la vie sauve !... »

Jean QUINAULt: «...Je serai décédé pour un motif dont je ne connais pas la raison. Les officiers ont tous les torts et c'est nous qui sommes fusillés pour eux. Ca ne s'est jamais vu une affaire comme cela ! »

 

 

LA REHABILITATION
 

La conséquence immédiate des condamnations a été l'infamie que les familles des victimes ont vécu. Crachats, jets de pierre des voisins. Les curés refusent de célébrer tout office religieux. Les enfants sont chassés des écoles. Aucune pension accordée aux veuves. Ce sont des gens pauvres. On refuse de leur donner du travail. Ces familles doivent survivre avec leurs enfants comme elles peuvent.

 

Claudius Lafloque, né et vivant à Vichy, employé à la Société Générale, avait été Caporal de la Section dont faisaient partie les 24 inculpés. Il avait vécu leur tragédie jusqu'à assister à l'exécution des six condamnés. Il fit le serment que, s'il revenait de la guerre, il consacrerait tous ses efforts à obtenir la réhabilitation de ces victimes, en faisant connaître la vérité.

 

Il tint parole. Rentré à Vichy, Il contacta les six veuves, rassembla toutes les pièces du dossier de demande en révision du procès, qu'il transmit en mai 1919 au Sénateur Peyronnet. Il recueillit  de nouveaux témoignages attestant que l'ordre de repli avait bien été donné par le Sous-Lieutenant Paulaud. Il confia le recours en Cassation à Me Nicolay,  également ancien combattant. 

La Cour rendit son arrêt le 29 janvier 1921.

Le jugement du Conseil de Guerre spécial du 3 décembre 1914 est cassé et annulé.

Une pension est allouée à chacune des veuves et à chacun de leurs enfants jusqu'à leur majorité, avec effet rétroactif au 4 décembre 1914. La réhabilitation des militaires fusillés est complète. Ils sont déclarés Morts pour la France.

 

Dans les jours qui suivent, les six martyrs sont décorés de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre, à la demande du Maire de Vichy, Louis Lasteyras.

 

Une grande cérémonie publique de réhabilitation est organisée le 2O mars par la section de Vichy de l'Union Nationale des Combattants, dont le Maire de Vichy est Président d'Honneur.

Elle dure toute la journée, avec un banquet, présidé par le Maire.  Elle se poursuit dans la grande salle du Casino des Fleurs, pleine à craquer. 

M. Lafloque  rappelle avec des mots simples son engagement. Il est acclamé.

On lui offre un cadeau.

Le Maire de Vichy remet à chaque veuve un « diplôme de réhabilitation ».

La journée se termine par un concert, avec le concours de l'interprète de La Madelon, Lucien Boyer, venu de Paris.

 

Le 15 avril 1925, le Conseil Municipal de Vichy accorde une subvention pour ériger un monument dans la commune de Vingré à la mémoire des martyrs (Vichy est la seule commune à avoir contribué à cette œuvre) et décide de substituer à Vichy le nom de rue de Vingré à celui de la rue de l'abattoir.

 

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Cette plaque, qui va être dévoilée par le Président Charlier et M. le Maire, résume en quelques lignes l'histoire que je viens de vous décrire.

 

Par cette plaque, le souvenir de ces sacrifices douloureux sera sauvegardé pour instruire aussi nos prochaines générations.

 

Je vous remercie.

 

 

 Paul PERONNET

membre du Souvenir français 

 

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Voici le texte de cette plaque en granit dévoilé le 14 juillet 2016

 

RUE DE VINGRE

 

Le nom de Vingré a été donné à cette rue par le Conseil Municipal de Vichy

le 5 avril 1925 en hommage aux six soldats fusillés pour l' exemple le

4 décembre 1914 à Vingré (Aisne).

 Parmi eux Pierre GAY, Claude PETELET et Jean QUINAUD étaient originaires de l'Allier.

Accusés à tort d'abandon de poste alors qu'ils avaient exécuté un ordre de repli dans une autre tranchée.

Grâce notamment à l'action du vichyssois Claudius LAFLOQUE, le jugement fut annulé par la Cour de Cassation le 29 janvier 1921.

Déclarés Morts pour la France, ils furent décorés de la Croix de Guerre et de la Médaille Militaire. 

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Plaque dévoilée pour expliquer la plaque de rue de Vingré.

 

Merci Monsieur Peronnet et Monsieur Malleret

pour vos communications, vos photographies et aimable autorisation de publication.

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Retrouvez aussi nos autres articles sur Lafloque et sur les fusillés et leurs descendants:

 

Hommage aux fusillés de Vingré
après la cérémonie du 14 juillet 2016 à Vichy ICI.
 A Vichy, la rue de Vingré évoque par son nom un évènement tragique ICI.
 
Hommage à Claudius Lafloque le 30 janvier 2016 à Vichy ICI.

Un Vichyssois réhabilite les fusillés ICI.

Claudius Lafloque ne sera plus un illustre inconnu ICI.

Hommage à Claudius Lafloque, le sauveur des fusillés de Vingré ICI.

Claudius Lafloque, le héros très discret des martyrs de Vingré  ICI.

Archives Cérémonie avec familles des fusillés en 1999 ICI.

Archives cérémonie du Centenaire avec les familles des fusillés en 2014 ICI.

 

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Date de création : 25/07/2016 @ 16:14
Dernière modification : 04/08/2016 @ 18:09
Catégorie : Les 6 fusillés

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Réactions à cet article


Réaction n°2 

par Webmastrice le 08/08/2016 @ 14:49

MERCI à vous Monsieur Pételet!


Ce compliment spontané empli de chaleur et traduisant votre émotion, je vous le renvoie! C’est un réel plaisir de voir que l’ensemble (les écrits, vidéos, photos) reçoit bien votre agrément … et bien sûr… c’est encore plus appréciable de lire vos chaleureux commentaires!

Nous oeuvrons bien dans une co-construction établie sur les mêmes valeurs…

Cet éclairage, que je sollicitais auprès de vous, ayant un moment pensé avoir orthographié de manière inappropriée votre nom de famille, est clair.

 

Bien cordialement,

Au plaisir de vous revoir car le 6 décembre 2014 est derrière nous…

Isabelle, webmastrice Soissonnais 14-18


Réaction n°1 

par JC Pételet le 08/08/2016 @ 14:37

J'ai visionné toutes les pièces jointes et je suis vraiment admiratif devant cette somme colossale de travaux: c'est magnifique d'avoir si fidèlement servi la vérité et je vous en remercie très sincèrement.


A propos de l'orthographe...les erreurs se sont succédées au fil du temps:

- en 1911, à la naissance de Jérôme, fils unique de Claude Pettelet, cet enfant est enregistré "Jérôme Pételet" (sa mère étant Marie Pételet de son nom de jeune fille)

- mais en mémoire de son père fusillé, Jérôme écrira son nom de famille avec 2 t

- maintenant, notre nom de famille est" Pételet" pour notre fils et ses enfants.

Jean-Claude Pételet, 8 août 2016


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