Des actions variées - Analyser les documents historiques, l'inspection du
11 mars 1915, deux généraux, Maunoury et Villaret, blessés par une balle allemande
dans la tranchée Poncet à Vingré

Analyser les documents historiques est une des activités durables

des membres de l'association

 

 

 

L'inspection du 11 mars 1915, deux généraux, Maunoury et Villaret,

blessés par une balle allemande

dans la tranchée Poncet à Vingré, tout près de l'entonnoir de mine Maunoury

 

 

Louis Cattois du 42e RI, témoigne de cette inspection. Lisons son récit qui nous détaille l'évènement et insiste délicatement, sans coup de griffe aux chefs, sur la présence du tireur d'élite allemand. Il évoque la connaissance pratique des soldats, vigilants aux créneaux du parapet et fins connaisseurs des oeilletons ouverts et fermés.

Le 11 mars 1915, vers 4 heures de l’après-midi, par une belle journée ensoleillée, je revenais de régler une mitrailleuse pour effectuer un tir indirect sur le ravin de Morsain. J’aperçus dans l’entonnoir un groupe assez nombreux débouchant du secteur du régiment voisin. Je m’approchai rapidement et me trouvai en présence du général Maunoury, commandant la VIe armée, en compagnie du général de Villaret, commandant le 7e corps, venus là en quête d’un terrain d’attaque pour une opération ultérieure. Ils étaient accompagnés de deux ou trois officiers d’ordonnance, dont un chef d’escadrons de chasseurs à cheval, portant une superbe et impeccable tunique bleu ciel, qui tranchait étrangement sur nos capotes bleu foncé, pleines de boue, nos képis couverts de manchons bleus et nos pantalons rouges dissimulés par des fourreaux bleu sale. Je me présentai, un peu sidéré de me trouver brusquement, moi, tout jeune sous-lieutenant de vingt-deux ans, nez à nez avec de telles « huiles » que je n’avais jamais vues et que je n’identifiais que par leurs étoiles sur les manches de capote et leurs képis à feuilles de chênes. J’expliquai le pourquoi de cet entonnoir et les travaux que nous exécutions. Ils en parcoururent le pourtour extérieur, et, reprenant la tranchée normale, je leur signalai un passage particulièrement dangereux : attention, baissez-vous et passez vite !

Le général de Villaret, qui était en tête, monte sur la banquette de tir, jette un coup d’œil par le créneau et, s’effaçant sur la droite : Oh ! regardez donc, mon général, c’est très intéressant ! Qu’avait-il donc vu de si curieux ? Pour nous, les habitués du coin, rien… Toujours est-il que le général Maunoury regarde et… s’effondre aussitôt !

Le guetteur d’en face a son arme pointée d’avance ; ayant vu notre créneau éclairé s’obscurcir, s’éclairer et s’obscurcir de nouveau, il n’allait pas manquer son coup. Je laisse deviner l’émotion provoquée par la petite troupe : Oh ! ils nous l’ont tué ! s’écria l’un des officiers d’ordonnance. Le général de Villaret qui s’était courbé brusquement, redressait déjà sa haute taille et se faisait un pansement au front avec son mouchoir. La blessure de Maunoury était affreuse : l’œil gauche arraché, ainsi que la joue et le maxillaire supérieur broyé. On a retrouvé la joue collée sur un piquet. Je me précipitai au téléphone pour alerter le chef de bataillon, le médecin auxiliaire du premier poste de secours et les brancardiers. Villaret était resté très crâne, à tel point que nous le croyons seulement écorché, alors qu’il dut être trépané. Les deux généraux ont été blessés par la même balle allemande qui, en frappant le créneau, s’est dédoublée. On pense qu’il s’agissait d’une balle retournée dans sa douille, car les Boches étaient assez coutumiers du fait.

Les premiers pansements terminés, on se mit en marche à travers les boyaux vers le poste de secours, aussi rapidement que possible, car les Allemands, sans savoir quoi, n’étaient pas sans avoir entendu qu’il s’était passé quelque chose et redoublaient l’intensité de leur tir de minnenwerfer. En avant marchait le « toubib », suivi de deux brancardiers qui portaient Maunoury ; derrière, toujours très droit, de Villaret, puis les officiers d’ordonnance. Enfin, je fermais la marche, portant le képi rouge et or du commandant d’armée, méditant sur l’exemple de ce grand chef, d’autant plus respecté qu’il semblait plus lointain, et qui tombait en première ligne au milieu de ses poilus qui ne l’avaient jamais tant vu, bien qu’il les eût déjà conduits sur l’Ourcq à la victoire, et donnant ainsi à tous un exemple magnifique.

Cependant, la blessure du général Maunoury ne devait pas être mortelle : aucune fièvre ne l’a suivie et le chef de la VIe armée a pu remercier d’un sourire et d’un geste le président de la République, Raymond Poincaré, qui, le lendemain, vint à son chevet pour lui remettre au nom de la France, la Médaille militaire. Il devait mourir aveugle, huit ans plus tard, en 1923, à soixante-seize ans et fut nommé maréchal de France à titre posthume.»

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Voir sans être vu et viser l’ennemi sans être pris pour cible, voilà un des points nodaux de la pratique combattante dans les tranchées hors situation d’assaut.

Mettons tout d’abord en regard du récit de Louis Cattois les documents visuels présentant des situations de guet en tranchée, d’observation abritée, de tir protégé avec usage du périscope et d’inspection des tranchées par les chefs militaires. Louis Cattois  a donc fait état d’une interpellante annonce préventive («reprenant la tranchée normale, je leur signalai un passage particulièrement dangereux : attention, baissez-vous et passez vite ! »)… peu suivie d’effet…

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Observateur et tireur sur la banquette d’une tranchée de 1ère ligne française dans l’Aisne

(fonds Legrand, archives du Finistère)

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Tireur français en position au créneau dans une tranchée de 1ère ligne

 

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Créneaux dans tranchée française profonde de 1ère ligne

(1915, Marne, musée de la Grande Guerre)

 

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Soldat français au périscope fournissant ses renseignements observés au tireur à sa droite dans la tranchée profonde de 1ère ligne

(«Deux bons collaborateurs dans la tranchée. Tandis que l'un fait feu, l'autre s'apprête à juger le coup dans le périscope. D’après cette photo prise dans une tranchée de Berry-au-Bac, distante seulement de quinze mètres de la première ligne allemande, on comprend parfaitement la disposition du périscope employé par nos soldats. Deux miroirs plans inclinés à 45° suffisent pour constituer un périscope. Des lentilles paraboliques concaves permettent d'obtenir une vue panoramique. L'observateur est entièrement abrité. Il fournit des renseignements utiles au tireur et lui annonce à mesure les résultats de ses coups.»)

(18 avril 1915, Le Miroir)

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Soldat observant au périscope dans une tranchée française profonde de 1ère ligne

(1915, BNF) (cf 28 décembre 1914, Excelsior ci-dessous)

 

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Soldat observant au périscope dans tranchée française profonde de 1ère ligne  (« la guerre des tranchées : le périscope des fantassins ») et croquis présentant les 2 miroirs à l’aide desquels le soldat peut « voir sans être vu »

(28 décembre 1914, Excelsior) (cf photographie 1915, BNF ci-dessus)

 

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Examen au périscope des positions allemandes

(« L’accident dont viennent d’être victimes les généraux Maunoury et de Villaret montre le danger que courent les observateurs sans les tranchées ; pour y parer, on se sert de ce périscope, mal dénommé puisqu’ilne permet de voir que dans une direction. »)

(25 mars 1915, Pays de France)

 

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Général de division examinant au périscope les positions allemandes («L’OEIL DU CHEF»)

(6 août 1915, Excelsior)

 

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 Général regardant l’ennemi depuis une tranchée de 1ère ligne

(«Avec un périscope, il observe l’adversaire. Le déplorable accident arrivé il y a quelques mois aux généraux Maunoury et de Villaret, a montré que l'ennemi ne se départit à aucun moment de sa vigilante attention. Il en est de même chez nous du reste, et le moindre point mouvant devient immédiatement une cible. Un périscope, analogue à celui des sous-marins, permet d'observer attentivement les lignes adverses sans s'exposer aux balles.
Le général Franchet d'Esperey est vu ici se servant de cet appareil dans une tranchée de première ligne.»)

(juillet 1915, Le Miroir)

 

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Soldat allemand en cuirasse derrière sa plaque de blindage dans une tranchée

(d’après le tableau de F. Flameng, 1917, musée de l’Armée)

 

 

 Combattants, observateurs et tireurs se protègent dans les tranchées. Observons leurs plaques blindées pour rendre concrets les détails du récit de Louis Cattois, témoin de la tragique inspection («Le guetteur d’en face a son arme pointée d’avance; ayant vu notre créneau éclairé s’obscurcir, s’éclairer et s’obscurcir de nouveau»).

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Plaque française blindée de tranchée, protection individuelle pareballes placée sur les parapets (bouclier nommé Infanterieschild côté allemand), vue du côté de la tranchée puis du côté ennemi, avec orifice non centré à volet pivotant pour le guetteur / tireur ouvert et fermé.

 

Les plaques sont de tailles différentes et les plus habituelles, telle celle présentée, oscillent entre 30 cm x 60 cm, 45 cm x 65 cm, voire 45 cm x 75 cm, avec des oeilletons oscillant eux entre 12 cm et 15 cm x 5 cm à 7 cm.

 

Tireurs d’élite, faire mouche, une occupation méticuleuse. Plongeons presque dans un récit de témoin en suivant les lignes d’un écrivain canadien contemporain de talent, Joseph Boyden dans Le chemin des âmes (Three Day Road), 2005.

Il met en scène deux chasseurs indiens engagés dans l’armé canadienne s’immergeant dans l’enfer des champs de bataille en France et y déployant des actions de tireurs d’élite. L’auteur s’inspire d’une connaissance factuelle 14-18 aiguisée tant ses descriptions sont par passages celles de reportages:

 

Sean Patrick est à son poste de tir et c’est Zyeux Gris qui manœuvre la plaque : il la soulève au signal de l’autre et la rabaisse aussitôt le coup tiré. Je les ai déjà vu plus tôt ; je suis surpris de les retrouver cet après-midi.  J’aimerais leur dire de ne pas rester trop longtemps à la même place, sans quoi ils vont se faire repérer ; mais ils le savent aussi bien que moi […] Un aéroplane bourdonne là-haut : je lève les yeux pour m’assurer que c’est un des nôtres, et non un Fritz qui vient nous mitrailler. Je vais à nouveau emplir mes sacs quand j’entends Gilberto appeler au secours. Et je vois Sean Patrick, à dix mètres de moi, qui se tord au sol comme un serpent, les mains serrées sur son cou d’où jaillissent des quantités incroyables de sang, les yeux écarquillés par la terreur du dénouement. Je fonce sur lui. Tout le monde court. (chapitre «Le tireur»)

 

L’œil rivé à l’oculaire, Elijah et moi guettons du mouvement[…] J’ai le doigt posé sur la détente, l’autre main qui abrite ma lunette […] Il fait assez jour maintenant pour distinguer les détails de la ligne, des sacs de terre […] L’artillerie semble avoir fait mouche : de gigantesques brèches morcellent les parapets, et l’on ne voit toujours rien bouger. Je balaye la tranchée de la lunette, m’efforçant de distinguer quelque chose […]  (chapitre «Le combattant»)

 

Il y a un gradé qui se montre, mais l’espace d’un instant, tous les matins à l’alerte […] Il fait assez jour pour distinguer les silhouettes. Quand le gris gagne le noir à l’horizon, il pose son doigt sur la détente. Tout comme hier, les têtes des soldats émergent du parapet et, juste derrière eux, un lieutenant paraît, les mains dans le dos, promenant son regard sur la ligne […] Son réticule pointe le front du gradé. L’autre poursuit son inspection, le sourcil froncé. Elijah appuie sur la détente ; le recul de son arme l’empêche de bien voir s’il a fait mouche. (chapitre «Le piégeage»)

 

Regardons maintenant les photographies des albums du Général de Villaret présentant les lieux de la tragique inspection: l’un des entonnoirs  (dès lors appelé «entonnoir Maunoury») et l’une des tranchées de Vingré dans l’Aisne où les deux généraux en tournée d’inspection furent blessés par la même balle allemande le 11 mars 1915.

L’une de ces photographies a été reproduite en grand nombre et les lieux ont été l’objet des attentions de nombreux photographes  au mois de mars 1915 après l’accident.

Ainsi ces différentes sources vont nous permettre une comparaison.

 

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Photographie des albums du Général de Villaret

issue de la collection de Claire de Villaret présentant en plan large l’entonnoir.

 

Cette première photographie des albums du Général de Villaret est semblable à celle que reproduira, très légèrement recadrée, la presse de l’époque. A moins qu’elle n’ait été fournie par un journaliste au Général de Villaret.

 

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Photographie parue dans L’illustration du 27 mars 1915 (n° 3760)

 avec la légende «La tranchée de première ligne où furent blessés les généraux Maunoury et de Villaret» et «C’est par la meurtrière, percée dans un bouclier d’acier (sous la flèche tracée au-dessus de notre cliché [sic : flèche non présente dans cette édition]) que les deux généraux observaient les tranchées ennemies, quand une balle allemande atteignit l’œil gauche du général Maunoury, qui tomba, et au front, par ricochet, le général de Villaret, qui put se porter au secours de son chef».

 

La légende est erronée [cf infra], certes, on y retrouve bien la plaque d'observation [cercle bleu] et la descente vers un abri / la dépression du premier plan où se tient le photographe [cercle jaune].

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Le cliché présente le créneau où auraient été blessés les deux généraux.

Figure en haut, presqu’au centre, dans la tranchée reconstruite sur la lèvre supérieure de l’entonnoir de mine après l’explosion,  un soldat qui montre avec son fusil l'orifice d'observation et  la plaque de blindage incriminés.

Figurent en contrebas, dans l’entonnoir lui-même, un groupe de soldats. Figure dans ce groupe un soldat tenant une planche de coffrage et un autre à mi-corps ; ce qui laisse penser à une descente d’abri. D’ailleurs plusieurs abris sont mentionnés sur le plan du secteur [cf infra].

 Il pourrait s’agir de ce type d’abri.

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Croquis d’un abri de type normal agrandi exécuté dans le secteur de  Vingré.

 

 

 En réalité le créneau du drame se trouve ailleurs, dans la tranchée Poncet, à quelques mètres de l’entonnoir Maunoury lui-même.

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Photographie de l’entonnoir Maunoury, fonds Victor Jacques Marie Noël Robert des Archives de l’Hérault,  légendée «Entonnoir à 60m des tranchées allemandes (région de Nouvron-Vingré). A 20 mètres sur la droite, créneau devant lequel furent simultanément blessés en mars 1915 le Général Maunoury  commandant la VIe armée et le Général de Villaret commandant le 7e Corps d’Armée».

 

D’ailleurs la carte  du secteur issue de la collection du Général de Villaret  est en concordance avec cette photographie à la légende rigoureuse stipulant la tranchée comme lieu de l’accident.

 

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Extrait [légende ici ôtée] du calque du Général de Villaret cartographiant le secteur et signalant le lieu exact de l’accident du 11 mars 1915. La légende porte mention de la croix rouge et stipule «l’emplacement du 11 mars 1915 où furent blessés les 2 généraux Maunoury et Villaret».

 

 La croix est bien à droite de l'entonnoir, sur la tranchée, là où s’est effectuée l'observation des lignes ennemies par les deux généraux.

 

N’oublions pas le récit du témoin, le soldat Louis Cattois du 42e R.I. qui confirme bien aussi l’emplacement dans la tranchée.

« Ils en parcoururent le pourtour extérieur, et, reprenant la tranchée normale, je leur signalai un passage particulièrement dangereux : attention, baissez-vous et passez vite !

Le général de Villaret, qui était en tête, monte sur la banquette de tir, jette un coup d’œil par le créneau… » [cf in extenso supra]

 

 

Complétons maintenant cette photographie de l’entonnoir avec celles de la tranchée issues elles aussi des albums du général de Villaret. Elles nous révèlent toutes deux, au 14 mars,  le lieu réel de l’accident.

 

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Photographie «II» des albums du Général de Villaret

 datée  «14 mars 1915»

issue de la collection de Claire de Villaret présentant en plan axial la tranchée Poncet.

 

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Photographie «VII» des albums du Général de Villaret

 datée «14 mars 1915»

issue de la collection de Claire de Villaret présentant en plan axial la tranchée Poncet,, libellée par Etienne de Villaret «inscription placée à l’endroit exact où les généraux ont été blessés».

Que ce soit la photographie «I I» ou la photographie «VII», prises dans l'axe de la tranchée, elles nous révèlent toutes deux que cette tranchée n’est pas l’entonnoir comme en atteste la profondeur ici de la tranchée où le gradé se retrouve sous le niveau du sol naturel des deux côtés, avec un parados  de niveau égal à la crête de feu. Rien à voir avec le cliché reproduit dans L’illustration qui présente la tranchée de bord d’entonnoir avec un semblant de talus de revers engabionné et de hauteur dissymétrique.

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En tous cas, remarquons au passage que le gradé ici campé dans la tranchée Poncet est présenté bien plus précautionneux que nos deux Généraux blessés: il regarde au périscope, lui, ou du moins pose pour le photographe en regardant au périscope.

 

Sur la photographie «II» on devine une plaque de blindage au second plan en fond de tranchée, (faut-il pousser jusqu’à y voir à côté de l’orifice une tache de sang alors que ce ne seraient que des ombres portées ?). Il peut fort bien s’agir de la plaque originelle déposée. Comment ne pas émettre l’hypothèse que le poste d'observation incriminé n’ait pas été supprimé car trop  dangereux? Le maintenir, c’était risquer un nouvel accident.

 

Sur la photographie «VII » on voit le monument érigé en mémoire de l’accident. Il s’agit en fait d’une plaque. Cette plaque se retrouve en une seconde version, avec un texte légèrement modulé, comme en attestent plusieurs photographies dont celle du 1er juin 1915 du fonds Villaret ou la presse de 1916.

 

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Photographie de la tranchée au 1er juin 1915 des albums du Général de Villaret

 issue de la collection de Claire de Villaret recueillie pour l’exposition de Vic-sur-Aisne en septembre-octobre-novembre 2015 présentant l’inspection tragique et reconstituant la scène avec plaque de blindage et pierre gravée.

 

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Photographie de la tranchée au 1er juin 1915 des albums du Général de Villaret

 issue de la collection de Claire de Villaret présentant la version seconde de la plaque.

 

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Photographie du Pays de France du 27 janvier 1916 légendée «Une pierre commémorative a été placée contre la parapet d’une tranchée de première ligne sur le front de l’Aisne : elle marque l’endroit où furent blessés les Généraux Maunoury et Villaret. Nos soldats ont voulu consacrer ainsi le souvenir de la visite que leur avaient faite leurs chefs et qui faillit leur coûter la vie.». Cette photographie présente la plaque commémorative en son premier emplacement.

 

Cf l’article «Quelques éclairages sur les scènes de l’exposition Tranchées 1915» ICI.

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Photographie de la tranchée présentant la version deux de la plaque commémorative avec le soldat Désiré Vuillard (à droite sur la photo de Vingré). Qui commente au verso de la photographie «Le 11 mars 1915, à 16 heures, le général de Villaret fut grièvement blessé par  la même balle qui atteignit son chef direct, le général Maunoury, alors qu'ils observaient ensemble  les lignes allemandes à travers le créneau d'une des tranchées avancées. Le 30 juin, Désiré envoie une photo/carte postale de lui dans la tranchée, avec le texte suivant : "Je suis photographié avec mon chef  de  section  (le  plus  grand)  et  mes  deux  collègues  sergents,  dans  la tranchée,  à  l'endroit  même  où    Maunoury  et  de  Villaret  furent  blessés par   la   même   balle,   comme   en   fait   foi   la   plaque  commémorative [Souvenir du 11 Mars 1915, 16 heures. My – Vt]". Fonds de la collecte Européana 1914-1918.

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Photographies de l’album du soldat E. Brincourt (8e BCP > 48e BCP)  légendée «Plateau de Nouvron 1915-1916. La plaque Maunoury dans les tranchées». Les mots inscrits sur la plaque commémorative sont recopiés sur la gauche da la photographie dans l’album («Souvenir du 11 Mars 1914 [sic : lire 1915], 16 heures,My – Vt») et les deux abréviations sont explicitées «Général Maunoury», «Général Villaret». Archives de la Somme.

nb: RETROUVEZ les autres photographies de l'album du soldat Brincourt dans notre article "L' album du soldat Brincourt (8eBCP > 48e BCP) montre Vingré et le plateau de Nouvron-Vingré ICI.

Dans les albums du Général de Villaret figurent également d’autres angles de vue de l’entonnoir proche de la tranchée, lieu de l’accident, qui comparées révèlent bien un seul et même entonnoir, l’entonnoir Maunoury, plus aisé à photographier et  à mémoriser car matérialisé plus profondément, plus atypiquement, plus largement et plus matériellement.

 

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Photographie «I» des albums du Général de Villaret

 datée  «14 mars 1915»

issue de la collection de Claire de Villaret présentant en plan serré de l’entonnoir.

On y retrouve bien les repères pointés supra, la tranchée de lèvre supérieure Nord, les gabions, la descente, la plaque de blindage [ici sur le coin supérieur droit de la photographie].

 

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Photographie des albums du Général de Villaret

 issue de la collection de Claire de Villaret présentant un second plan large de l’entonnoir.

 

Ainsi, on peut émettre plusieurs hypothèses sur la légende erronée de L’illustration.

Assez pragmatiquement, une sorte de photographie officielle qui ne correspond pas à l'emplacement réel mais qui permet de ne pas diffuser trop d'indications précises accessibles à l’ennemi.

Très pragmatiquement, une photographie d’un poste d’observation autre, similaire et tout proche, puisque le poste dangereux exact aurait été supprimé.

Très raisonnablement, un cliché plus sensationnaliste qui matérialise plus profondément et tranche avec un emplacement  plus banal de tranchée longiligne.

Tout simplement, une vue plus aisée à saisir, avec recul et en contre-plongée magnifiante alors que l’étroitesse de la tranchée exacte n’aurait pu permettre une prise de vue montant à la fois le créneau de tir exact et l’axiale de la tranchée.

 

 

 

 

Confrontons ces photographies de l’entonnoir Maunoury des collections Villaret à d’autres photographies.

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Photographies de l’album du soldat E. Brincourt (8e BCP > 48e BCP) légendée «Plateau de Nouvron 1915-1916. Archives de la Somme.

 

 

Les angles de vue ici autres permettent encore plus clairement de bien distinguer l’absence de tranchée en terre à deux bords symétriques et confirment en tous cas l’exactitude du site de l’entonnoir Maunoury. Ces vues rendent en revanche très visibles la banquette de tir / d’observation.

 

 Le lieu est parfaitement identifié et situé  en secteur bouleversé par la guerre des mines. On l’observe très bien depuis Vingré, sur la crête Nord, à proximité de la ferme de Confrécourt.

 


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Entonnoir Maunoury et tranchée Poncet prolongée par la tranchée Marchand, elle aussi bien connue (carte du 14 mars 1917).

 

Cf Article en ligne «Hommage à JB Marchand» ICI.

 

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Le plan directeur du secteur de Vingré fait encore état au 21 août 1918 des tranchées concernées par l’accident du 11 mars 1915.

 

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Quatre entonnoirs de mine cartographiés par les Français attestent de l’attaque aux mines par les Allemands  de janvier 1915  [la flèche repère rouge pointe l’entonnoir Maunoury].

 

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L’entonnoir Maunoury [la flèche repère rouge le pointe]

 cartographié par les Français sur le calque du Général de Villaret où figure avec la croix rouge l’emplacement de l’accident.

 

On retrouve d’ailleurs bien ces tracés, vestiges de la guerre des mines et postes d’observation / tir dans d’autres documents, eux aussi issu du fonds privé du Général de Villaret.

 

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Photographie aérienne des albums du Général de Villaret

 issue de la collection de Claire de Villaret présentant les doubles tracés des tranchées françaises et allemandes, l’entonnoir du 42e. Non datée.

 

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Dessin d’un carnet de croquis offert en juin 1915 au général de Villaret, par le général Lacotte, montrant ici un panorama du secteur de Vingré-Confrécourt en avril, mai et juin 1915, avec la tranchée Marchand voisine (collection particulière Claire de Villaret, document présenté à Vic-sur-Aisne dans l’exposition 1915, les tranchées).

 

 

Au fait, le JMO du 7e Corps d’Armée mentionne bien la blessure des deux Généraux le 11 mars 1915, entre deux journées commentées «rien à signaler». L’exercice de rédaction assez neutre  signale bien la gravité de l’évènement («tous deux assez grièvement blessés, d’une même balle, à la tête») mais ne nous transmet pas de détails.

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Extrait du JMO du 7e Corps d’Armée mentionnant pour le 11 mars 1915

« Le Général Maunoury, commandant la 6e Armée et le Général de Villaret, commandant le 7e Corps, sont tous deux assez grièvement blessés, d’une même balle, à la tête, au cours d’une visite de tranchées dans le secteur Nord de Vingré.

Le Général Crepey, commandant la 14e Division, prend le commandement provisoire du 7e Corps.

 

Rien n’y est dit sur le tireur allemand. Il est placé à moins de cent mètres de sa cible («60 mètres» selon le témoignage de Victor Jacques Marie Noël Robert). Le tir sur l'oeilleton était donc à la portée d'un bon tireur (même sans lunette de tir).

La balle dont le  noyau était en plomb a dû toucher le bord de l'orifice, a dû être déviée, probablement déchiquetée, voir cassée, rendant possible de blesser ensemble les deux généraux.

Bien au centre de l'oeilleton, cette balle aurait certainement tué le Général Maunoury et assez peu probablement blessé quelqu'un d'autre.

 

 

Rien à voir avec la carte postale très imagée, voire imaginaire, ou en tous cas tout  fait sensationnaliste publiée et inondant les publications en 1915 et 1916.
 

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Carte postale «Les Généraux de MAUNOURY et VILLARET  blessés par la même balle, dans les tranchées de 1ère ligne», éditée par A.N. à Paris

 

Dans le même registre 2 autres dessins de presse sont tout aussi tape-à-l’œil ! Le second cependant plus vraisemblable que le premier ci-dessous.

 

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Le petit journal illustré du 15 avril 1923 avec la légende «Un grand Français. Un des vainqueurs de la Marne, un de ceux qui décidèrent du sort de la guerre, le général Maunoury, vient de disparaître. Le 15 mars 1915, on s’en souvient, alors qu’il visitait les tranchées de première ligne, une balle allemande avait rendu aveugle le glorieux soldat. En déposant sur son cercueil le bâton de Maréchal de France, le gouvernement a traduit le sentiment de reconnaissance du pays tout entier.»

Outre la légende avec l’erreur de date et l’absence de mention du général de Villaret,  cette une ci-dessus propose un dessin des deux généraux bousculés par la balle, en arrière d’un créneau à l’orifice surdimensionné, lâchant ses jumelles,  dans une tranchée bien évasée au fond bizarrement agrémenté de barbelés. Rien d’inhabituel pour cette presse.

 

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Dessin paru en contre-une du journal italien La domenica del corriere, 28 Mars-4 Avril 1915, légendée "I generali francesi Maunoury e De Villaret rimangono feriti da uno stesso proiettile passato attraverso la feriotia d'una trincea", soit "Les généraux français Maunoury et de Villaret sont blessés par la même balle qui a traversé le créneau d'une tranchée (dessin de A. Beltrame)"

Plus réaliste ce dessinateur a placé un parapet dans une tranchée assez profonde, même si les soldats sont peu présents et un fusil pose seul.

Pour finir, ajoutons au  passage les 4 illustrations que la presse propose  en mars 1915 où les lieux de l’accident ne sont pas mis en écho des évocations textuelles: une manière de représenter, cette fois, qui ne saute donc pas aux yeux!

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Une de l’Excelsior du 14 mars 1915

«LES GENERAUX MAUNOURY ET DE VILLARET BLESSES. Nous avons annoncé hier qu’u cours de l’inspection d’une tranchée de première ligne, à trente mètres de l’ennemi, le général Maunoury, commandant une de nos armées, et le général de Villaret, commandant de corps d’armée, avaient été blessés par une balle. Le projectile qui a atteint le général Maunoury lui a enlevé l’œil gauche et brisé le maxillaire. Le général de Villaret qui, avant la guerre, était à la tête de la mission militaire française en Grèce, a été blessé au front. Le président de la République est allé, hier après-midi, rendre visite au général Maunoury et lui a remis la médaille militaire.»

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Le miroir du 28 mars 1915

«LE MINISTRE DE LA GUERRE REND VISITE AUX DEUX GÉNÉRAUX BLESSÉS. Grièvement atteints par la même balle, alors que d'une tranchée ils observaient les lignes ennemies par une meurtrière, les généraux Maunoury et Étienne de Villaret ont reçu la visite de M. Millerand.»

 

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Une de L’illustration du 20 mars 1915

«Deux chefs blessés en première ligne. Le général Maunoury,  comandant la 6e armée, et le général de Villaret, chef d’un corps d’armée, tous deux atteint à la tête par la même balle allemande derrière un créneau de tranchée.»

 

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Le miroir du 9 Mai 1915

«A PEINE RÉTABLI, LE GÉNÉRAL DE VILLARET EST RETOURNÉ SUR LE FRONT. Blessé grièvement, le 12 mars, le général de Villaret est retourné au front. Le voici près de Choisy-au-Bac, au cours d'une revue. Un pansement indique sa blessure. Il est à droite, au second plan, faisant face à M. Poincaré.»

Avoir les yeux en face des trous... une drôle d’inspection… [des représentations.]

 

Claire, Isabelle, Serge, Michel, Denis, le 8 août 2016

 

 

RETROUVEZ L'ARTICLE présentant la venue de la descendante du général de Villaret et intégrant une prise de paroles de Jean-Luc Pamart sur l'évènement ICI.

 

 

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Date de création : 09/08/2016 @ 16:03
Dernière modification : 02/01/2017 @ 13:59
Catégorie : Des actions variées

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