Manifestations associatives - Commémorations, le coup de gueule- février 2018

COMMEMORATIONS, LE « COUP DE GUEULE »

 

L'Union,  25 février 2018

SOISSONNAIS : Pour l’assemblée générale de Soissonnais 14-18, le président se livre, sans concession.

 

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Jean-Luc Pamart devant la stèle célèbrant la victoire de l’Offensive Mangin, le long de la D172, à Chaudun.

 

A savoir :

L’association Soissonnais 14-18 valorise et restaure le patrimoine lié à la Grande Guerre entre Soissons, Compiègne, Noyon et Villers-Cotterêts. Elle a été créée en 1985 par Jean-Luc Pamart et des amis.

Elle réunit 400 membres en France dont une centaine d’associatifs actifs (guides, restaurateurs, historiens…). Son budget : 20 000 à 25 000 €

Hier . Soissonnais 14-18 a fait son assemblée générale à Chaudun. Pourquoi ?

Nous avons l’habitude de changer tous les ans de lieu pour l’assemblée générale. Ça permet de se faire connaître, de maintenir des contacts avec les élus et la population, de participer à la vie de différentes communes. En 2018, Chaudun sera au cœur de plusieurs commémorations, c’est symbolique.

Quels sont vos autres projets pour 2018 ?

A Chaudun, on va remettre en état le monument du fils de Jean Jaurès. Nous avons aussi prévu une exposition à Vic-sur-Aisne. Elle parlera du silence après la sonnerie au  clairon annonçant l’armistice. Ce silence était bouleversant pour les poilus. L’exposition est un projet à 8 000-10 000 euros. Il faut en profiter tant que nous sommes en 2018, car après, on ne bénéficiera pas d’autant de subventions…

Comment se découpe votre budget ?

Un tiers du budget provient de subventions du département. Les deux tiers restants se partagent entre nos fonds (cotisations, recettes des visites, ventes de livres…) et des financements que nous accordent une trentaine de communes de l’Aisne et de l’Oise.

La Ville de Soissons participe-t-elle ?

Nous n’avons jamais eu de soutien financier de la ville de Soissons, car nous n’avons pas notre siège à Soissons. Et pourtant, nous avons des projets à Soissons ! Nous voulons refaire le monument de Mangin, près de l’église Saint-Léger, ainsi que le carré militaire du cimetière avec les anciens combattants. Mon souhait, pour 2020, serait de travailler sur la valorisation du monument de la place Saint-Christophe. Ca ne pourra pas se faire sans l’aide de la Ville.

Dans le numéro de janvier de « L’Echo du Plateau », votre bulletin, vous signez un éditorial intitulé « Désabusé.. ». Pourquoi ?

C’est un coup de gueule. Je m’inquiète de l’Après-2018. On va passer de la mémoire au souvenir. En 2019, Soissonnais 14-18 sera autant impliqué qu’en 2018, mais nous sommes inquiets pour le patrimoine. Pendant le Centenaire, des gens ont fait des spectacles, écrit des bouquins, et après on ne les reverra plus. Nous, on sera toujours là !

« Les reconstitutions ont un intérêt, mais quand on sait que notre armée combat au Mali, ça me choque de voir qu’on joue aux petits soldats » (Jean-Luc Pamart) Vous parlez aussi des reconstitutions, vous visez quelqu’un en particulier ?

Non, mais dans notre association, il y a un débat sur le sujet. Ce ne sont pas des commémorations. J’ai déjà assisté à ces événements, comme par exemple la reconstitution d’un bivouac de soldats napoléoniens, c’était superbe. Ça a de l’intérêt, mais ce qui est gênant, c’est de voir ces personnes en tête dans les commémorations. L’an dernier, au Fort de la Malmaison, il y avait beaucoup de gens déguisés. C’est sympa, mais ce n’est pas de la mémoire. Et puis, quand on sait que notre armée combat au Mali en ce moment, ça me choque de voir qu’on joue aux petits soldats.

Vous critiquez aussi la déchetterie Gurdebeke (basée dans l’Oise, les éoliennes, l’Unesco…)

Il y a  un monument historique à Moulin-sous-Touvent, près de la décharge de la Société Gurdebeke. En 2001, le patron avait pris des engagements, pour qu’un périmètre de 500 mètres sans activité industrielle, soit établi. Ses fils veulent remettre en cause cet accord. Il y a un risque, même si la Direction régionale des affaires culturelles nous soutient. J’ai en tête l’exemple des tombes allemandes sur lesquelles on a construit la déchetterie de Pinon. On a aussi un problème avec les éoliennes. Est-ce un progrès ? Je ne sais pas, mais ce qui me gêne, c’est que l’on bétonne ces lieux avec ces horreurs. Les champs de bataille sont des sanctuaires. Il y a 800 000 soldats français, allemands et britanniques qui ont disparu sur le front français et qu’on ne retrouvera jamais. La guerre de 14-18, c’est une bande de 700 kilomètres sur 4 ou 5 de large, il faut respecter cet espace. Pour l’Unesco, il y a beaucoup à redire. Je voulais que les carrières de Confrécourt ou de Nouvron-Vingré figurent sur les sites à inscrire. Il a été proposé que quelques nécropoles seulement soient choisies, mais ça n’a pas de sens. Même la nécropole de Vauxbuin, dans laquelle des Français, des Allemands et des Britanniques sont enterrés ensemble, n’a pas été retenue. C’était pourtant fort, au lieu de ça, on a préféré Craonnelle et Cuts.

Vous n’épargnez pas, non plus, certains habitants du Soissonnais.

La culture, ce n’est pas toujours gratuit. L’an dernier, pendant notre exposition à Vic-sur-Aisne, nous demandions 2 €. Certains trouvaient cela trop cher, alors qu’ils sont peut-être capables de dépenser 50 € pour un billet de loterie, ça en dit long sur le chemin qu’il reste à faire. Je pense à une grand-mère venue à l’exposition avec ses petits-enfants. Quand elle a su qu’elle devait payer, elle leur a dit qu’ils pouvaient entrer, parce que pour eux c’était gratuit, et elle les a attendus dehors ! C’est grave !

                                                                              Propos recueillis par Brenda Jeanguyot et Hervé Marti

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Date de création : 12/03/2018 @ 21:05
Dernière modification : 13/03/2018 @ 20:19
Catégorie : Manifestations associatives

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