Nos colloques et expositions - 2010: Patrimoine 14-18, quel avenir?

Anniversaire de l’association pour l’inventaire et la préservation des sites 14-18

                            affi_25_ans_qualite.jpg    

 

L'association SOISSONNAIS 14-18 est née le 7 Avril 1986, à l'initiative de quelques passionnés. Sauver de l'oubli un passé encore proche, inventorier, préserver: telle était l'idée première confortée par une exposition "Le Poilu-soldat, homme-artiste".

Il s'agit d'une association régie par la loi 1901 dont tous les animateurs sont des bénévoles.

Effectuer un inventaire complet et précis des témoignages laissés par les soldats de 14-18 (Français et Allemands notamment, et quelquefois Anglais et Américains) suppose une recherche et une minutie hors pair.

Un vaste programme attendait donc les fondateurs, la région de l'Aisne étant riche en creutes (carrières), sites ayant été les témoins de combats: plus de 200 creutes à inventorier, des monuments nombreux et quelquefois dans un état voisin de l'abandon, une recherche permanente de documents, d'objets... La tâche était ample.

Actuellement de nombreuses fiches ont été établies, comportant les caractéristiques du site (localisation, nature du site, propriétaire, accès, fermeture, ...), l'inventaire des témoignages (relevés textuels, mesures, type de trace, inventaire photographique, ...), et des informations complémentaires quand elles existent (récits des événements par combattant, photographies historiques, informations régimentaires, cartes historiques, ...).

Ces travaux ont été reconnus par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) de Picardie qui a accordé son patronage à l'Association.

 

                     mnt.jpg

 

 

 

Patrimoine 14-18

Quel avenir ?

Colloque

du 6 novembre 2010

au château de Vic-sur-Aisne

SOISSONNAIS 14-18 :

25 ans au service du patrimoine 14-18.

Jean-Luc Pamart

Président de l’association Soissonnais 14-18

 

 

 

            C’est avec beaucoup de joie que j’introduis cette première demi-journée. Deux journées pour notre anniversaire, le 25e anniversaire de la création de Soissonnais 14-18, c’est à peine suffisant. Nous sommes nombreux, vous voyez qu’il n’y a plus beaucoup de place et nous avons dû aménager un espace avec quelques chaises et une télévision dans le vestibule afin de pouvoir accueillir tout le monde, dans ce château si prestigieux de Vic-sur-Aisne, et cela nous le devons à Philippe et Marianne Peiffer, qui nous accueillent dans leur propriété, qu’ils restaurent avec tant de patience et ô combien de ténacité. Un petit rappel simplement : le château de Vic-sur-Aisne, pendant les combats de septembre 1914, va servir d’ambulance, et vous aurez l’occasion, s’il ne pleut pas trop, d’admirer un monument, dans le fond du parc du château, à la mémoire des deux chiens des propriétaires qui ont été tués sous les bombardements ; c’est quand même un monument très original. Le château va servir de poste d’état-major pour le Groupe d’Armées du Nord, commandé par le futur maréchal Franchet d’Espérey, et nous avons la chance d’avoir ici, dans la salle, des descendants du maréchal Franchet d’Espérey. Je vous remercie donc Marianne, je vous remercie Philippe, parce qu’on travaille tous pour essayer de maintenir notre patrimoine autour de Vic-sur-Aisne.

           

Quelle joie d’avoir auprès de nous un paysan du Chemin des Dames ! Merci Noël d’avoir spontanément accepté de présider cette demi-journée. Nous voilà, nous, les paysans de l’est et de l’ouest du front de l’Aisne, puisque nous sommes chacun de nous à l’une des extrémités du département, réunis ensemble pour honorer la mémoire des paysans de France et d’Europe qui sont venus souffrir dans notre terre. Et Noël et moi avons les mêmes sensibilités. A travers toi, et je n’oublie pas M. Alain Brailly, devant moi, et peut-être est-ce que j’oublie un conseiller général, auquel cas je m’en excuse, c’est le conseil général de l’Aisne que je voudrais remercier et son président Yves Daudigny que je nomme parce qu’il a toujours œuvré pour l’association et pour la mémoire. Le conseil général de l’Aisne nous soutient vraiment, à chaque manifestation et au quotidien. Il en est de même pour la Région Picardie et depuis quatre ans, grâce à la région, nous avons Guillaume Giguet, notre emploi solidaire, qui travaille à mi-temps pour l’association Soissonnais 14-18, et à mi-temps pour la Société Historique de Soissons. Guillaume vient de sortir un ouvrage extraordinaire, c’est sa thèse de master, qui s’appelle : Les carnets d’Eugénie Deruelle, qui regroupe les notes journalières d’une civile pendant la Grande Guerre, dans le secteur de Sains-Richaumont, en zone occupée et nous avons, parmi nous, une dame qui l’a ô combien aidé.

 

            Dès la création de Soissonnais 14-18, nous avons recherché le soutien des communes autour de Vic-sur-Aisne et d’Attichy. Une trentaine de communes adhèrent à notre projet et les communautés de communes d’Attichy et de Vic-sur-Aisne nous apportent leurs compétences. Si ce week-end a pu se finaliser, s’il a pu se concrétiser, c’est grâce à la Communauté de communes de la Vallée de l’Aisne, dont le président, M. Jean-Pascal Berson, est parmi nous, et je voulais noter que Jean-Pascal était là aux premières heures de Soissonnais 14-18, bien avant même sa création, puisque nous avons pas mal bourlingué dans les carrières pour découvrir les premières œuvres des soldats.

 

            Vous avez sans doute été charmés, lors de votre inscription à ces deux journées, par notre hôtesse du syndicat d’initiative. Et oui : on est bien accueilli à Vic-sur-Aisne, il faut le savoir et je vous fais le pari que si vous entrez dans le syndicat d’initiative, vous repartez avec une documentation 14-18, vous n’avez pas le choix ! Et avec une visite en anglais, même si vous ne parlez pas anglais, des carrières de Confrécourt ou du château de Vic-sur-Aisne ! On ne peut pas faire autrement. C’est Caroline, et je la remercie au nom de l’association parce qu’elle fait un travail sensationnel.

 

            J’en terminerai en adressant tous mes remerciements à tous les intervenants, Mon Colonel et tous ceux qui vont venir dans le courant de la journée. Cela honore l’association. Et bien évidemment, vous tous, les adhérents de Soissonnais 14-18, toujours fidèles et présents à chaque manifestation. Je peux même vous dire qu’il y a des adhérents de la première heure qui viennent même des Vosges et de la France entière.

 

            Quel chemin ! Quel chemin parcouru en 25 ans ! On se le disait avec Daniel Lecomte il y a un quart d’heure. On se disait : mais tu te rappelles la première exposition à Soissons ? Soissonnais 14-18, nous l’avons créé pour préserver un patrimoine exceptionnel gravé dans la pierre de nos carrières. En effet, des collectionneurs sans âme venaient se servir. A Saint-Victor, des blasons allemands venaient d’être découpés, c’était en 1984. Nous étions, avec Pierre Samin et Marc, et on a découvert cela. Nous avons sauvé la Marianne de Confrécourt in extremis : on assistait, à ce moment-là, à un véritable pillage du Chemin des Dames. Nous étions en 1985. Il fallait réagir et être les conservateurs d’un patrimoine unique. Pour agir, nous nous sommes assignés deux missions complémentaires : l’inventaire et la préservation.

Chaque semaine, chaque week-end, des équipes de bénévoles descendent dans les carrières et les souterrains, photographient, mesurent, classent, répertorient. C’est un travail de fourmis qui est réalisé tous les week-end et même la semaine (il y a l’équipe du mardi ; il y en a quelques-uns dans la salle) ; tout le monde redescend dans les carrières. Même dans les carrières inventoriées, on repasse au moins une fois par an, pour contrôler les bêtises qui ont été faites, surveiller ce qui se passe. On a quand même à peu près 500 carrières et souterrains à couvrir dans le secteur, par conséquent nous ne pouvons pas y aller régulièrement, mais on essaie d’y aller au moins une fois par an.

La préservation, c’est la deuxième mission. C’est l’affaire de tous. De TOUS ! Evidemment, les propriétaires de ces carrières, les municipalités et la population soissonnaise, c’est-à-dire donc nous tous. Nous avons posé des grilles quand nous le pouvions et surtout, nous avons constitué un réseau de surveillance, mais avec des lacunes, comme je vous l’expliquerai à travers quelques cas. Dans le même temps, des monuments et des tombes, qui étaient à l’abandon, ont été restaurés. Les sites de Confrécourt et de Vingré ont été mis en valeur et nous travaillons en ce moment activement sur le site de Nampcel, en créant une association pour cela.

Que de week-ends passés dans les travaux. Travaux de terrassement, de décapage, de peinture, de maçonnerie afin de permettre à des milliers de visiteurs de contempler les œuvres des soldats-artistes.

 

Grâce à Internet, des familles de ces soldats reviennent sur les lieux de combats et adhèrent à notre projet. C’est une des grandes surprises de la création de cette association que de voir toutes ces familles qui viennent de la France entière. Et c’est ainsi que maintenant, lorsque nous nous comptons, nous sommes 320 cotisants. Nous étions cinq au départ, il y a 25 ans. On peut dire que c’est une bonne croissance. Bien sûr, la moitié se situe en Picardie, l’Aisne et l’Oise formant le gros bataillon de nos adhérents, mais toutes les régions de France sont représentées, avec une mention spéciale pour les gens de Rhône-Alpes, qui forment la troisième région la plus représentée, après la Picardie et la région Ile-de-France. Rhône-Alpes est notre troisième région, tout simplement parce qu’elle a fourni tous les régiments venus combattre dans le secteur.

 

Demain, vous aurez l’occasion d’admirer ce patrimoine, mais hélas, vous verrez, souvent en danger de disparaître soit par l’usure du temps, car malheureusement lorsque vous avez des œuvres à l’extérieur, celles-ci se dégradent, soit par l’imbécillité de l’homme, ce qui est plus dramatique. La citation du capitaine Bosquet, que vous verrez à Saint-Pierre-Aigle, ou le poste de commandement du colonel Reboul, dans le bois de Chapeaumont, que nous visiterons aussi demain, sont situés à l’extérieur des carrières et vont disparaître, si rien n’est fait, si rien n’est envisagé pour leur protection. La salle d’honneur du 98e régiment d’infanterie à Chapeaumont, dans une carrière, vous la verrez aussi, a été taguée à la peinture. C’est horrible ! Horrible ! Cela fait déjà deux ans que nous avons constaté cela. De même, les guetteurs allemands, qui étaient dessinés au crayon dans un souterrain à Moulin-sous-Touvent, ont été complètement effacés par l’action d’un collectionneur ou d’un imbécile, de toute façon un imbécile... Hervé est arrivé un jour dans ce souterrain et a constaté à la lueur de sa lampe qu’il n’y avait plus rien. Tout cela montre qu’il y a encore du chemin à parcourir pour préserver ce patrimoine et c’est tout l’enjeu de cette journée qui pose la question : qu’est-ce qu’il faut conserver ? Et que faire ?

progra_def_25_ans_1.jpg

 

progra_def_25_ans_2.jpg


Date de création : 13/06/2012 @ 20:23
Dernière modification : 09/06/2013 @ 23:56
Catégorie : Nos colloques et expositions

Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


^ Haut ^