Des lieux de combat - Le contexte historique 14-18

La guerre de position

octobre 1914 - mars 1917

 

C’est dans notre région que sont creusées les premières tranchées et que, de « mouvement », la guerre devient de « position ». Les forces s’équilibrent, les troupes cherchent à se retrancher, puis à se fortifier. C’est la guerre de tranchées dont notre sol conserve de très nombreux vestiges (réseaux, boyaux, cagnas, etc.…..).

 

 

                     De septembre 1914 à janvier 1915, les Français refusent la stabilisation du front et les attaques sont incessantes, meurtrières, sans préparation d’artillerie, sans résultat, « on les grignote » dira Joffre !

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« Le 3 octobre 1914,

 Avant le jour, ce brouillard léger qui traînait sur le plateau se dissipa, et aux premières clartés indécises on commença à distinguer le terrain autour de soi, le terrain était fort sale, tout jonché de cadavres dont certains gisaient sur le bord ou sur le glacis même des tranchées, des membres sortant de la terre remuée, c’étaient exclusivement des Allemands. Il y avait en outre toutes sortes de débris d’armes, de vêtement, de linge, des boites de conserve vides ; on fit quelques trous où l’on jeta ces détritus. On creusa aussi des fosses où l’on transporta hâtivement les cadavres, qui étendus là les uns depuis le 20 septembre, les autres depuis le 13, c'est-à-dire depuis deux ou trois semaines, étaient dans un état d’horrible décomposition. Les soldats ne pouvaient se décider à les toucher ; ils les attachaient avec des cordes ou des courroies de sac, et les traînaient sur le sol jusqu’à la fosse, dans la pénombre du matin. On ramassait leurs fusils, leurs cartouches ; on alla également chercher les cartouches des morts français qui se trouvaient en arrière du côté de la ferme de Confrécourt ; on prit sur eux des vêtements, capotes et manteaux supplémentaires, dont le besoin se faisait sentir pendant les nuits. On se livra à ces diverses occupations jusqu’à ce que le jour grandit : mais alors des balles sifflèrent, apprenant que l’heure était passée. »

Extrait de « Le Passage de l’Aisne » d’Emile Clermont.

 

 

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« Le 30 janvier 1915,

Nous trouvons des tranchées profondes de trois mètres parfois pleines d’eau et de boue : quelques-uns sont restés enlisés en montant, il y en a même un qu’on a été obligé de retirer avec des cordes : un autre a perdu un soulier ; c’est des accidents qui arrivent tous les jours et ceux que nous remplaçons ne s’en étonnent pas du tout. Tout le long du chemin surtout en montant depuis le Port on trouve des tombes disséminées un peu partout, elles datent des combats qui se sont livrés du 16 au 20 septembre, lorsque nos troupes se sont emparées du plateau. Là, combattirent le 104e puis le 305e et le 321e. Sur le plateau on trouve encore des lignes entières de tirailleurs allemands qui sont là depuis cette époque et qu’on n’a pu enterrer. Il y a aussi quelques-uns des nôtres qui sont dans ce cas ; il y a même dans un endroit du boyau de communication, deux bottes d’un allemand qui dépassent et qui nous servent de point de repère quand nous passons par là. Entre les lignes il n’y a pas de cadavres, vu le peu de distance des lignes, et quand il tombe, ils sont ramassés dans la nuit »

D’après Léon Vuillermoz, Journal d’un poilu franc-comtois, le Balcon 2001, p.37

 

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« Lettre du 13 décembre,

…nous sommes donc restés quatre jours dans les tranchées de première ligne. C’est le séjour le plus dur que nos hommes aient eu a subir depuis le début de la guerre de tranchées. La pluie n’a guère cessé. Le tableau qu’offraient nos hommes au sortir des tranchées n’est guère imaginable. Sous l’action des pluies, le limon du plateau délayé coulait le long des parois ; les éboulements étaient fréquents, de même que les effondrements de sapes et d’abris.

La veille au soir, la pluie n’étant pas tombée de la journée, nous avions asséché autant que possible et rétabli les passages ; le matin de notre départ, après la pluie et la neige de toute la nuit, les boyaux étaient remplis de boue et d’eau, les hommes enfonçant jusqu’à mi-corps. C’est un miracle que nous n’ayons perdu personne. Car, en outre, les jours précédents ; le secteur était très agité, et nous avons reçu force crapouillots et obus lisses »

D’après Roger Sargos : Témoignage 1914-1918 d’un officier forestier, Tome I ; 1914-1916 (œuvre posthume) Bordeaux, 1967, p270/1

 

 

La retraite allemande

mars 1917

 

1917, les généraux Hindenburg et Ludendorff qui assurent la direction suprême de l’armée allemande décident de porter leur effort sur le front de l’Est, en Roumanie, en Russie ainsi qu’en Italie. Sur le front de l’Ouest, ils choisissent une bataille défensive, avec comme priorité d’économiser les troupes.

Le 16 mars 1917, le silence règne sur le secteur de Nouvron. Une reconnaissance du 60e B.C.P. découvre les tranchées allemandes vides. On avance et le 20 mars, les troupes atteignent Coucy-le-château où le donjon vient de sauter.

Noyon et Ham sont libérés, les Français crient victoire.

 

Ce repli raccourcissait le front de 70 Km d’où une économie de troupes. Cette retraite, préparée depuis l’hiver, voit les Allemands s’installer solidement sur les positions Wotan et Siegfried (qui allaient sensiblement en ligne droite de Lens à Laffaux.

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De la 2e bataille de l’Aisne à la victoire

1918

 

L’année 1918 est un tournant. Après leur victoire sur le front de l’Est, les Allemands ne combattent plus que sur un seul front et souhaitent ainsi profiter de leur nouvel avantage pour remporter la victoire finale. Ils lancent en début d’année de grandes offensives, espérant ainsi devancer l’arrivée des troupes américaines (qui viennent d’entrer dans le conflit et qui ne seront opérationnelles qu’en été 1918).

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« Le voici donc venu ce jour qui va changer les destinées de la France et du monde ! Je sors de la grotte de Confrécourt où j’ai passé la nuit. L’endroit où nous sommes forme un vaste belvédère où l’on domine toute la région…

La canonnade éclate avec furie sur tout le front. Le tonnerre est déchaîné. Tout l’horizon est embrasé. Dans la fumée des éclatements montent des fusées à trois feux à un feu….

Et le fracas de la canonnade et de la fusillade grandit toujours…

Et voici que de tous les côtés le Boche est enfoncé. Il recule, cédant une étendue de terrain considérable, abandonnant un important matériel et des milliers de prisonniers. A trois heures de l’après-midi, on compte déjà plus de 16000 prisonniers. De notre côté, nous avons repris Fontenoy que nous avions perdu le 30 mai précédent, mais en quel état retrouverons-nous le village et son château ! Tout a été rasé par le tir destructeur de l’artillerie »

Emile Carlier, Mort ? Pas encore ! Mes souvenirs 1914-1918 par un ancien soldat du 127e R.I.,  Archaeologia Duacensis n°7, Société Archéologique de Douai - Claude Carlier, Douai, 1993.


Date de création : 24/06/2012 @ 22:44
Dernière modification : 21/07/2013 @ 18:26
Catégorie : Des lieux de combat

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