Fusillés - Fusillé dans l'Aisne et honoré aujourd'hui

Fusillé dans l'Aisne en 14 et honoré aujourd'hui

Publié le vendredi 12 décembre 2008                                                                                                         

FUSILLÉ près de Soissons en 1914, à Fontenoy, un soldat rejoint enfin aujourd'hui ses camarades tués au combat. Son nom va être inscrit sur le monument aux morts de son village natal de Seillhac, Corrèze, avec la mention « mort pour la France ». Une délégation du conseil général de l'Aisne (1) participe à cette cérémonie émouvante et inhabituelle en l'honneur de Léonard Leymarie.
Son histoire reflète bien l'atmosphère de l'époque.
Léonard Leymarie, né le 4 janvier 1880, est cultivateur comme beaucoup d'autres combattants. Père de deux enfants en bas âge, il est incorporé en 1901 puis libéré avec un certificat de bonne conduite. Le 12 août 1914, il est rappelé et versé au 305e régiment d'infanterie. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, il est guetteur près de Fontenoy.
Les Allemands se trouvent dans des tranchées à deux cents mètres. Dans la nuit, il se blesse l'index de la main gauche mais n'y prête pas attention. Il se rend plus tard à l'ambulance et un médecin l'accuse de s'être mutilé volontairement. Le 12 décembre, il est présenté devant un conseil de guerre à Saint-Baudry pour abandon de poste en présence de l'ennemi.
Son avocat ne dispose que d'une dizaine de minutes pour préparer sa défense. Il plaide l'acquittement en estimant qu'aucune preuve n'est produite. Mais Léonard Leymarie est condamné à mort. Les frais de procès sont estimés à douze francs et la somme doit être prélevée sur les biens du condamné.
L'avocat ne s'avoue pas vaincu. Il s'adresse à plusieurs officiers supérieurs dont un général de division. Un témoignage d'un autre combattant est produit. Ce soldat, se trouvant à une vingtaine de mètres de Leymarie, affirme qu'aucun coup de feu n'a été tiré dans les lignes françaises. Pour lui, il est impossible qu'il se soit blessé.
Mais la hiérarchie militaire refuse de reculer. Le 12 décembre 1914, Leymarie reçoit la visite d'un abbé. Il accepte de se confesser pour une prochaine célébration. L'homme de Dieu lui dit alors : « Mon ami, non il n'y a pas de fête demain. Mais nos juges vous ont condamné à mort. » Leymarie s'écroule, pleurt, crie son innocence et perd connaissance.
Au moment fatidique, c'est un homme debout qui fait face à la rangée des fusils du peloton d'exécution. Il enlève le mouchoir qui lui couvre le visage et s'exclame : « Il n'y a que les lâches qui se laissent bander les yeux. » Les derniers instants de sa vie le poussent à l'éloquence. Le soldat s'exclame : « Autrefois quand j'avais besoin d'argent, je prenais au hasard des moutons dans ma bergerie pour aller les vendre à la foire. Ici, il fallait un exemple. C'est moi qui ai été pris au hasard mais je jure que je suis innocent. »


Léonard Leymarie est fusillé à 16 h 30 près de Fontenoy et son corps repose au cimetière d'Ambleny. Comme lui, ils sont plus de six cents dans l'armée française à avoir été tués par des balles d'abord prévues pour atteindre un ennemi.

Texte : Thierry de Lestang Parade
Photos : Denis Rolland
(1) La délégation du conseil général est conduite par Jean-Luc Lanouilh, vice-président et composée de Denis Rolland, président de la Société historique de Soissons et de Jean-Luc Pamart, président de Soissonnais 14-18.

 

Sa tombe se trouve dans le cimetière de Fontenoy.

Sa tombe se trouve dans le cimetière de Fontenoy.


Date de création : 28/06/2012 @ 22:05
Dernière modification : 09/11/2013 @ 14:21
Catégorie : Fusillés

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