Mémoire - Le classement Unesco

UNESCO / L'Aisne en ordre de bataille

Publié le lundi 23 janvier 2012                                                                              

L'Aisne et la Meuse sont en ordre de bataille pour décrocher le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO « des paysages de la Grande Guerre ». Au delà de l'Histoire, un attrait touristique significatif.

Dans la perspective du centenaire de la « Der des Ders » (2014-2018) les troupes sont rassemblées. Treize départements (*) - réunis au sein de l'association « Paysages sites et mémoires de la Grande Guerre » - de Lille à Strasbourg sont prêts à monter au front.

L'Aisne garde la cicatrice des blessures de 14-18 gravées dans son paysage. Les nombreux cimetières militaires qui émaillent la campagne axonaise, les monuments commémoratifs qui trônent dans chacun des villages rappellent les douleurs de la Grande-Guerre. Pour mettre toutes les chances de son côté Yves Daudigny, président du Conseil Général de l'Aisne et défenseur du dossier énonce la stratégie : « si l'on veut se donner une chance de réussir, il faut éviter l'effet inventaire à la Prévert et lui préférer une sélection à partir d'un patrimoine ». C'est dans cette optique que trois ensembles de paysages axonais pourraient être retenus : « le Chemin des Dames », « La vallée de l'Aisne » (l'ouest soissonnais) et « Paysages de l'Ourcq, du Tardenois et du pays de Retz ». Une liste indicative qui devrait être soumise à validation du conseil d'administration de l'association.

Symbole de la folie des hommes

L'offensive suicidaire du « Chemin des Dames » en est aujourd'hui un des symboles. 210.000 soldats y ont perdu la vie. Le symbole de l'absurdité d'une guerre qui n'en finit pas. C'est dans ces tranchées que les soldats composèrent la chanson de Craonne qui dénonce « les gros », bien tranquilles à l'arrière, qui envoyaient les Poilus à la mort.
C’était le temps des exécutions sommaires, des sacrifiées dont la mémoire n’a été réhabilitée que depuis peu. Aujourd'hui, le passé meurtrier du « Chemin des Dames » contraste avec la sérénité actuelle des paysages.


Chanson de Craonne par Horadrim

Lors de l'approbation du texte en juillet 2011 par le Conseil général de l'Aisne, Yves Daudigny reconnaissait que le chantier s'annonçait « très délicat ». Pour autant le département de l'Aisne ne baisse pas les armes. En cas de victoire « cette reconnaissance mondiale modifierait le tourisme axonais de manière encore plus importante que le Center Parc de l'Ailette », revendique le président du département.
Avec un tourisme aujourd'hui largement mondialisé, le classement d'un site au patrimoine mondial de l'UNESCO est un formidable accélérateur de visites. On estime à 30% la progression du nombre de visiteurs, sur un site classé, les 5 premières années. La promotion faite alors de ces classements UNESCO dans les guides touristiques n'est pas étrangère à l'engouement soudain des voyageurs.

Une première !

Si le dossier est accepté, il s'agirait d'une première. A ce jour, aucun site de mémoire relatif à un conflit n'est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Si dans un premier temps la Meuse avait en ligne de mire la classification du champ de bataille de Verdun, elle a rapidement changé son fusil d'épaule « pour y englober la totalité des champs de bataille de la Grande Guerre ». D'après les membres de l'association, « L'UNESCO ne classera pas un seul site de la première ou de la seconde Guerre Mondiale au risque d'ouvrir la voie au classement des autres sites ». La Normandie oeuvre d'ailleurs pour le classement des plages du débarquement.
La Marne n'est pas le département le plus actif dans cette classification. Sans complètement négliger le devoir de mémoire, le Conseil général a le cul entre deux chaises car dans le même temps il présente pour la deuxième fois à l'UNESCO la candidature - plus paillettes , mais tout aussi culturel – de classement des « Paysages du Champagne ». Les stratèges marnais ne sont pas convaincus de la pertinence « de courir deux lièvres à la fois ».

Pour l'association « Paysages sites et mémoires de la Grande Guerre », le calendrier est assez serré : boucler le dossier pour la France et la Belgique en 2012 « pour espérer une classification en 2015-2016, au coeur des cérémonies du centenaire ». Le classement doit s'obtenir durant ces 5 années commémoratives (2014-2018)... hors de ce temps point de salut.

Alexandre Allard

(*) Le Nord-Pas-de-Calais, la Somme, l'Oise, l'Aisne, les Ardennes, la Marne, la Meuse, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, le Bas-Rhin, et le Haut-Rhin sont les départements du front qui ont « officiellement » souffert de ce conflit militaire, selon une classification établie juste après la guerre.

Le cimetière français de Craonnelle sera de nouveau illuminé sur le coup de 22 heures.

Le cimetière français de Craonnelle symbole de la folie des hommes.

Christian Lantenois

 

 


Date de création : 28/06/2012 @ 22:40
Dernière modification : 29/06/2012 @ 11:03
Catégorie : Mémoire

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